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Indian creek, de Pete Fromm

La simple sensation de devoir absolument vivre quelque chose de grand et d’unique peut parfois être à l’origine d’aventures passionnantes, qui valent la peine d’être racontées, comme celles relatées dans Indian Creek. Pete Fromm, plus jeune, a eu le courage de se laisser appeler par une de celles-ci, avec un enthousiasme qui entraîne le lecteur avec lui encore des décennies plus tard.

Alors qu’il est  étudiant et se demande quelle voie prendre dans sa vie, il répond à une annonce pour un job très particulier : vivre plusieurs mois dans une crique dans les rocheuses pendant l’hiver, pour s’assurer qu’un plan d’eau ne gèle pas au point de mettre en péril la circulation des saumons qui y vivent. La difficulté de cette tâche, qui consiste simplement à quotidiennement aller taper l’eau avec un bâton, n’est évidemment rien comparée à celle de devoir simplement survivre dans la nature tout ce temps, dans les conditions hostiles.

Le jeune homme accepte ce projet, alors que rien ne l’y prédispose. Il n’est pas particulièrement porté sur la survie dans les grands espaces, ou sur la chasse, encore moins sur les saumons. Il apprécie cependant les récits de grands explorateurs ; d’ailleurs, pour contextualiser son aventure, c’est ce genre de livres qu’il emporte avec lui dans la tente avec quelques maigres affaires et beaucoup de haricots en boîte et de pommes de terre.

Il écrit des chroniques pour un journal, rassemblées ici dans un recueil, que Gallmeister, déjà remarqué pour pas mal de récits de nature writing, a la bonne idée de ressortir agrémenté de photos de l’aventure, après le succès déjà grand de ce livre en 2006.

Pete Fromm y apparait déjà hautement sympathique. Il ne s’épargne pas dans ses histoires, il écrit très bien la candeur avec laquelle il accepte le projet. Pour une raison que le lecteur ignore, mais qui provoque inévitablement un effet comique, le jeune Pete pense que lorsqu’on lui parle de “tente” il s’agira en réalité d’une petite cabane. Ses proches, et le lecteur, ont l’air de se rendre compte que le mot “tente” est pourtant utilisé par son employeur pour ce qu’il sera : une tente.

Les personnes qui l’installent et lui donnent les conseils élémentaires de survie s’étonnent également à plusieurs reprises de son ignorance. C’est aussi le récit des capacités humaines à apprendre, à s’adapter. Le fait que les gens soient tous dubitatifs sur ses possibilités de survie ne le freine pas même si cela pique sa fierté : il apprendra ce qu’il ne sait pas, à condition de bien vouloir admettre qu’il ne sait pas. Ce côté pratique et volontaire insuffle encore davantage de sympathie au livre.

Les premiers temps, les allers venus avec la civilisation sont possibles, mais la menace que la route soit inévitablement bloquée à un certain moment par la neige grandit. Cela arrive plus ou moins tard, mais cela arrive de manière systématique. Pete redoute ce moment autant qu’il l’attend. Il se prépare sans relâche à cet isolement, chassant et stockant ce qu’il peut avec le petit stage-express prodigué par son ami avant le départ.

Le livre est aussi un très beau livre sur l’amour d’une famille et de ses amis. Il échange avec eux des lettres régulièrement, il s’imagine à Noël ce que sont en train de faire ses proches. Le courrier n’arrive pas tous les jours, on le devine. Ces échanges épistolaires sont vraiment très bien décrits dans les chroniques : on y sent tout le réconfort que lui procurent ces lettres, dans lesquelles il se replonge régulièrement.

Dans un épisode particulièrement prenant, Pete Fromm attend avec une impatience folle, enfantine, la venue de son frère et de son père qui ont entrepris d’accomplir le trajet qui les sépare de lui en ski de fond. Mais les conditions climatiques étant ce qu’elles sont, cette bonne idée devient une véritable inquiétude, et on est plongés avec Pete dans le froid, dans l’angoisse.

L’amour ambivalent de la solitude est aussi très bien écrit, dans toutes ses fluctuations et ses contradictions. En fait, il n’y a pas une chronique qui ne soit pas intéressante dans ce livre, que je vous recommande chaudement avant la fin de l’hiver !

Mise en page 1Indian Creek, de Pete Fromm, édition anniversaire illustrée

Sortie le 1 er janvier 2016 chez Gallmeister

Traduit de l’américain par Denis Lagae-Devoldère

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Coralie

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