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Vincent Gessler

Interview Vincent Gessler

Vincent Gessler
Vincent Gessler

Bonjour Vincent, pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs ?

Il parait que c’est la question la moins compliquée et pourtant je sèche.
J’apparais dans cette rubrique car j’ai écrit deux romans : Cygnis et Mimosa, qui appartiennent au registre de la science-fiction mais que je catégorise seulement comme littérature.

Avant de parler de “Cygnis”, qui pour moi marque la littérature fantasy/science-fiction française, pouvez-vous nous citer votre parcours avant de devenir écrivain ?

Je ne sais pas vraiment si l’on devient écrivain, et encore moins s’il y a un parcours.
Un jour, on a envie d’écrire un livre et on s’imagine être en train de le faire. Un autre jour on l’écrit et encore un autre, on le publie. A partir de combien de livres est-on un écrivain ? Est-ce qu’on est un écrivain quand on écrit à temps plein ? Est-ce qu’à un moment, il est possible de ne plus être écrivain ?…

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours tenté d’exprimer mes émotions par le biais de l’écriture. J’ai réalisé que je désirais écrire un roman assez vite, j’ai même eu plusieurs tentatives inachevées – car elles concordaient trop avec des livres que j’avais aimés. Un jour, je me suis mis à écrire des nouvelles, comme laboratoire d’écriture, parce que je trouvais que c’était plus facile de se tromper sur 20 pages que sur 200. Cela a duré quelques années, mais j’étais frustré par le peu de retour de lecteurs, par le manque de support de publications, et je me suis rappelé de la perspective d’un roman : j’ai alors franchi cette étape, vers un texte plus long, plus exigeant.
Je n’ai jamais cessé en parallèle d’exercer une activité à temps partiel, afin de me consacrer à l’écriture tout en gagnant ma vie.

Nominé à une dizaine de prix littéraires, Prix Verlanger et Prix européen Utopiales des pays de la loire, votre premier roman Cygnis frappe fort ! Par quel(s) auteur(s) avez-vous été inspiré ?

Par la somme de mes lectures, je suppose.
Je crois que l’on écrit avant tout avec soi, avec qui l’on est. Un écrivain est sa propre matière première. Il me parait vain de vouloir échapper à nos influences absolument. Je trouve au contraire plus juste d’accepter que l’on est influencé, que l’on influencera, et que cela constitue une tradition littéraire et narrative. On ne peut pas échapper à l’influence des autres, mais on peut décider ce que l’on en fera ou non.

Dans le cas de Cygnis, je crois que j’ai été influencé par des lectures de jeunesse, notamment par Jack London : l’Appel de la forêtCroc blanc. J’aimais la relation de l’homme avec son loup. J’ai aussi été influencé par les récits antiques et l’archéologie : ruines romaines, armée des soldats d’argile, monuments anciens. Mais aussi par les concepts de l’archéologie : l’idée de vestige, à la fois dans la terre mais dans les mots. L’idée de stratigraphie dans une narration.

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Quand j’étais jeune adolescent, j’ai souvent feuilleté ces livres et je parcourais du regard ces machines étranges, abandonnées sur des planètes lointaines, rouillées, écrasées, traces d’une histoire racontée en creux, en absence. Ces trois exemples – il y en aurait d’autres – montrent que je me suis nourri à différentes mamelles culturelles.

Premier roman, gros succès, vos impressions ? 

Inattendu et bienfaisant.
J’ai été ravi de l’expérience éditoriale de Cygnis et de l’accueil que lui a réservé le public. J’ai énormément appris durant l’aventure et cela m’a donné beaucoup de joies.
Je sais aussi que cela ne dure qu’un temps, et je n’ai aucune envie d’appuyer à répétition sur le bouton qui a fonctionné : je me suis donc ensuite dirigé vers un second livre dans un univers et un style totalement différents. Pas de succès éditorial à la clé, mais la satisfaction de pouvoir montrer les différentes facettes de mes univers.

Pourquoi le choix de s’orienter sur un style “post-apocalyptique” ?

Ce n’est pas un choix a priori, mais après coup, je peux identifier ce qui m’a amené vers ce genre.
Je qualifierai cela d’attirance pour une « esthétique de la ruine ». Ce que j’esquissais un peu plus haut.
J’aime l’histoire, les histoires, l’idée de trace. Les moulages contorsionnés des pompéiens, une porte en bois imprimée dans la lave, les quartiers abandonnés d’Hashima, la grande cathédrale d’Ani, la Michigan Central Station de Detroit… Des lieux, des expériences qui nous permettent d’intérioriser le temps qui passe, qui invitent à se retourner sur les traces de nos pas et à se demander ce qu’il en restera.

Comme ces fossiles de Laetol

Arrivé à la fin du roman, en regardant bien en arrière, on s’aperçoit que vous avez laissé filtrer assez peu d’informations sur le personnage principal, Syn ? Une explication ?

C’est un choix délibéré. Je ne voulais donner qu’un minimum d’informations sur lui afin de faciliter l’identification, de même pour le monde décrit et son passé – pour n’en montrer que les traces. Pour le personnage principal, je me suis demandé si je pouvais utiliser ce procédé décrit par Scott McCloud dansL’Art invisible : aller vers plus de stylisation permettrait une meilleure identification. Ce qu’il dit est valable pour la bande-dessinée, mais j’ai tenté par endroit – et notamment avec Syn – de lui donner corps dans l’espace du texte uniquement. Voici comment il l’explique.

Vincent Gessler - Cygnis
Vincent Gessler – Cygnis

L’univers que vous avez créé avec Cygnis mériterait d’être approfondi. Est-ce une idée à laquelle vous avez déjà pensé ? D’autres livres sur le même univers ? 

Oui, j’avais une idée de suite immédiatement après l’écriture du roman. Il y aurait quelque chose à raconter sur l’émergence de cette nouvelle communauté, mais j’aimerais explorer d’autres choses avant. Peut-être que j’y reviendrai.

Qu’en est-il de votre activité littéraire ? Un éventuel projet en approche ?

J’ai des idées et des envies, mais trop peu de temps désormais, puisque je suis jeune papa 😉
Je reviens à l’écriture, après presque deux ans de pause, par petites touches, dans une ambiance à la Mimosa en moins déjanté. J’ai plusieurs projets qui se livrent à une terrible prédation à la fois de mon temps libre et de ma motivation !
Je travaille aussi à l’adaptation du roman de Pierre Bordage Les fables de l’Humpur en long-métrage avec des réalisateurs suisses Sam et Fred Guillaume.
http://cine3d.ch/?gallery=les-fables-de-lhomme-2

 

Quel livre auriez-vous aimé écrire ? Pourquoi ?

Il y en a plusieurs, et pas que des livres.
D’abord Des fleurs pour Algernon, parce que c’est un livre génial et humaniste, qui touche à tous les coups. Un chef-d’œuvre de la science-fiction.
J’aurais aimé avoir écrit le scénario du film The English Patient car j’aime la manière dont il entremêle les différentes narrations et les métaphores archéologiques.
J’aurais aussi voulu être le scénariste de Pi de Darren Aronofsky et de Children of Men de Alfonso Cuarón pour des raisons différentes, mais ces deux films me correspondent.

Avant de vous laisser le mot de la fin, quel est votre coup de cœur littéraire 2013/2014 ?

J’ai adoré Elliot du Néant de David Calvo.
Un coup de cœur : Béton armé de ♥ Philippe Rahmy ♥

Merci à Vincent Gessler pour ce super moment ! En espérant le revoir rapidement dans le circuit littéraire !
Ludo

À propos Ludo

Fondateur, Webmaster

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