Accueil » Fantasy/SF » Jo Walton – Ou ce que vous voudrez

Jo Walton – Ou ce que vous voudrez

Alors que « Morwenna » avait été un vrai coup de cœur, récompensé du Hugo et du Nebula, Jo Walton revient avec son nouveau roman. Elle arrive régulièrement à créer la surprise, sortie après sortie. Mais avec son dernier roman en date, l’autrice risque de marquer les esprits et certainement d’en dérouter plus d’un.

L’énigmatique « Ou ce que vous voudrez »,commence comme une référence à la Nuit des rois de William Shakespeare dans le titre, et possède en son sein une ambition folle, faire coexister trois dimensions en une seule : le réel, la fiction et l’imaginaire.

« Ou ce que vous voudrez » suit l’autrice à succès Sylvia Harrison, soixante-treize ans, lors de l’écriture de son nouveau roman. Après une trentaine d’œuvres, elle de placer sa nouvelle histoire dans l’univers qu’elle a crée, Thalia, une cité inspirée par Florence et qui l’avait lancé dans sa carrière avec sa toute première trilogie.

Se rendant ainsi en Italie pour travailler sur son nouveau texte, Sylvia se retrouve une nouvelle fois accompagnée par son ami intime/imaginaire, lui, celui qui a été et qui fut personnage dans chacun de ses récits, celui qui l’a accompagné toute sa vie et qui pense avoir un plan pour se passer de la mort et continuer à vire lorsque la mort physique viendra.

«  J’ai été trop de choses pour les compter. J’ai été un dragon que chevauche un enfant. J’ai été savant, guerrier, amoureux et voleur. J’ai été le rêve et le rêveur. J’ai été une divinité. J’ai été près du verger battu par le vent et du rivage tempétueux. J’ai été gardien de l’eau limpide. Je suis sage, mais parfois téméraire. J’ai le sens de la réplique, je suis connu pour ça, mais je ne prétends pas avoir de l’esprit, et ne le prétendrai jamais. Comme vous pouvez le constater, la modestie n’est pas mon fort. Jamais mon frère le soleil ne me surprendra assoupi. Jamais ses rayons langoureux ne réchaufferont mon oreiller. Je suis l’ami des monstres et le compagnon des abeilles. J’ai provoqué des tempêtes et j’en ai dompté d’autres. Je suis un beau parleur, un orateur habile… Oui, vous avez deviné, j’ai été poète autrefois. Le crâne d’une poétesse est ma prison. »

Avec «  Ou ce que vous voudrez », Jo Walton sort du registre science fictif et de la fantasy, pour s’aventurer du côté de la métafiction. Son roman nous proposant de suivre une autrice dans son processus créatif mais aussi dans son parcours de vie et dans les possibles imaginatifs qui l’anime, c’est une véritable plongée dans les mécaniques de la création articulée autour du questionnement et du doute.

Mais sans jamais oublier son parcours littéraire, Jo Walton se permet quelques digressions, analyses et critiques sur des œuvres, des auteur/ices et univers, se permettant ainsi un jeu d’espièglerie, souvent intéressant et drôle à la fois. Analyse que, quelques fois, l’autrice s’empresse de s’appliquer rendant le tout encore plus drôle et humain dans toutes ses contradictions.

Ce qui donne une teinte, une saveur particulière, un fourmillement de digressions parcourant un autre grand pan de l’histoire, son histoire, son vécu, ce qui a fait de Sylvia l’autrice qu’elle est aujourd’hui, son rapport à son œuvre, et son bagage intime, personnel et culturel.

Il y a énormément de choses à lire et comprendre dans « Ou ce que vous voudrez » même l’élaboration de son nouveau roman est passionnant et propose un univers riche des influences de la ville Florence. Ville que Jo Walton a pu visiter suite à l’invitation d’une autre grande autrice de la SFFF, Ada Palmer.

« Ou ce que vous voudrez » est aussi passionnant que touchant, et finalement, une lettre d’amour au pouvoir de l’imaginaire et à la littérature. Il peut paraître déroutant au premier abord, Jo Walton sort de sa zone de confort, sort de la SFFF, mais c’est pour mieux parler du reste, de ce qui fait la profondeur et la grandeur d’une œuvre. Cette petite chose qui dépasse le simple alignement de mots sur une feuille.

Éditions Denoël,
Collection Lunes d’Encre,
Trad. Florence Dolisi,
368 pages,
Ted.

À propos Ted

Fondateur, Chroniqueur

Vous aimerez aussi

Alex Pheby, Mordew, éditions Inculte

Alex Pheby – Mordew

L’auteur britannique Alex Pheby nous offre, avec Mordew, un petit bijou de dark fantasy. Premier …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Powered by keepvid themefull earn money