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La liberté

On dit des livres qu’ils sont des portes vers l’imaginaire, des puits de connaissances, des compagnons aussi fidèles qu’étonnants. Aussi, pour célébrer l’évasion qu’offrent ces chers amis de papier, voici Te souviens-tu, Marianne ? et La Colombe de Kant deux albums jeunesse qui traitent de la liberté et de son importante fragilité.

 

Une fillette vêtue d’une robe rose contemple le lac d’Annecy, le regard perdu sur sa surface miroitante et calme. Elle et ses petits camarades sont une trentaine à longer cette rive paradisiaque, leurs quelques affaires tenant dans de simples valisettes en carton. Au cœur de ce décor idyllique, ils fuis au péril de leurs vies, accompagnés par une seule et unique adulte : Marianne Cohn.

Née en 1922 en Allemagne, Marianne a connu une enfance heureuse jusqu’à ses onze ans, lorsqu’elle et sa famille ont dû quitter leur pays natal pour échapper à l’avancée du nazisme. De l’Espagne à la France, ils se retrouvent exilés comme de nombreux juifs, migrant de pays en pays au cœur d’une Europe menacée par la guerre…
Marianne et sa sœur sont finalement accueillies par les Éclaireurs israélites, en compagnie desquels elle voit sa foi s’épanouir et sa spiritualité s’élever. Alors qu’elle quitte l’adolescence, l’ombre nazie s’étend jusqu’en France où d’affreuses lois condamnent les juifs à être déportés dans des camps de concentration, aux côtés d’innombrables autres victimes. Elle décide alors d’entrer en Résistance auprès de ses compagnons du Mouvement de jeunesse sioniste, mettant sa vie en danger pour sauver celles d’autrui. 

Au long d’une biographie poignante, Philippe Nessmann revient sur l’existence bien trop brève et sur l’immense courage de cette jeune femme qui n’a eu de cesse de procurer de faux papiers et de cacher plus de 200 enfants, les faisant passer d’une ville à l’autre pour les conduire vers la liberté. Avec résilience, elle a ainsi combattu sans relâche pour aider les plus démunis, luttant contre la barbarie avec une fermeté inflexible. Cet hommage pensé sous la forme d’un écrit épistolaire adressé directement à Marianne Cohn met en lumière une vie simple et lumineuse, dont l’éclat a continué de briller dans les mémoires de celles et ceux qui l’ont connue. Ce destin tragique est également célébré dans les peintures pleines pages qui accompagnent le récit, où Christel Espié dessine le sourire bienveillant et humble de cette femme de l’ombre, cette héroïne clandestine qui a composé ce poème entre les murs froids d’une prison : 

“Je trahirai demain, pas aujourd’hui.
Aujourd’hui, arrachez-moi les ongles,
Je ne trahirai pas.

Vous ne savez pas le bout de mon courage.
Moi je sais,
Vous êtes cinq mains dures avec des bagues,
Vous avez aux pieds des chaussures
Avec des clous.

Je trahirai demain, pas aujourd’hui
Demain.
Il me faut la nuit pour me résoudre,
Il ne faut pas moins d’une nuit
Pour renier, pour abjurer, pour trahir.

Pour renier mes amis,
Pour abjurer le pain et le vin,
Pour trahir la vie,
Pour mourir.

Je trahirai demain, pas aujourd’hui
La lime est sous le carreau,
La lime n’est pas pour le barreau,
La lime n’est pas pour le bourreau,
La lime est pour mon poignet. 

Aujourd’hui je n’ai rien à dire,
Je trahirai demain.”

Te souviens-tu, Marianne ?
De Philippe Nessmann, illustré par Christel Espié
Les éditions des éléphants, collection Mémoire d’éléphant
32 pages

 

 

 

 

Symbole de pureté et d’harmonie, la colombe représente ce sentiment d’évasion totale que l’on prête spontanément aux oiseaux capables de s’élever dans l’immensité du ciel. Dans le septième tome de la collection Philonimo, composée de jolis livres invitants les plus jeunes à découvrir les grands philosophes et leurs idées, l’autrice Alice Brière-Haquet s’inspire de l’une des pensées de Kant pour questionnerle principe de liberté.
En faisant le parallèle avec une colombe (qui croit que le vent opposant une résistance sur ses ailes est une entrave à sa liberté et non un moyen pour qu’elle puisse voler) le court récit confronte croyance et science, chimérique et concret. En très peu de mots, tous choisis avec esprit et finesse, il suggère l’importance de relativiser et de prendre conscience des limites pour mieux jouir de la liberté. Sans le réel, le savoir tombe. Sans les flots aériens, l’oiseau est aspiré par le vide et chute.

Cette parabole pleine de sagesse, abritant le message sous-jacent que la connaissance donne des ailes, est sublimée par de délicates illustrations stylisées signées Émilie Vast. Petit trésor de teintes douces et d’intelligence, La Colombe de Kant rejoint la farandole de cette série aux figures animales éditée par 3œil où chaque volume possède sa propre subtilité graphique, comme autant d’ouvertures sur le monde de la philosophie. 

La colombe de Kant
D’Alice Brière-Haquet, illustré par Émilie Vast
Éditions 3œil, collection Philonimo
24 pages

À propos Caroline

Chroniqueuse

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