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Michel Bernanos – Le murmure des Dieux

Écrit en 1960, mais publié en 1964 aux Éditions de La Table Ronde, « Le murmure des Dieux » inaugurait le cycle « fantastique » qui fera la réputation de Michel Bernanos. Annonciateur du devenir de l’univers de l’auteur, ce premier volet annonce en filigrane l’évolution du « style » Bernanos (fils) qui sera plus largement développé avec « L’envers de l’Éperon » mais surtout le diptyque « La montagne morte de la vie/ ils ont déchiré son image… ».

Mais là où détonne « Le murmure des Dieux », par rapport aux romans suivant, est précisément par son absence manifeste de fantastique. Alors simple roman de transition pour un auteur qui avait énormément de choses à raconter, ou bien volonté de s’inscrire dans une narration qui se dévoile par le regard du lecteur et non pas le propos de l’auteur ?

Dans « Le murmure des Dieux » nous suivons deux « explorateurs », qui suite à un concours de circonstance, plutôt malheureux pour l’un, se retrouvent à s’enfoncer dans la forêt amazonienne. Il y a Eudes, jeune ingénieur français, venu ici pour travailler pour le compte d’une société d’exploitation de bois précieux. Une entreprise dont le propriétaire, plutôt louche, exerce un chantage sur la personne d’Eudes et l’envoi rejoindre une prospection de bois dans une zone qui fût abandonné suite à l’abattage d’un arbre sacré. Puis nous avons Francisco, le plus âgé du duo, explorateur, qui décide d’accompagner Eudes, pour découvrir un trésor archéologique au cœur de cette forêt. Ajoutons que ce duo se retrouve accompagné par un local, un Indien Chavainte, qui leur servira de guide et d’interprète avec les tribus de ce secteur.

Ce qui démarre comme un récit d’aventures, s’annonce dès le début comme un conte amer qui verra le sort s’acharner sur les protagonistes. Ainsi, en guise de prologue, l’auteur nous raconte la fin de vie d’un arbre, de L’ARBRE GÉANT, le sacré, l’arbre-dieu. Ce même arbre qui fit faire faillite à une scierie suite au crime commis. Et très vite nous comprenons que ce prologue n’est pas là pour rien, ne pose pas le décor gratuitement, mais tel un fusil de Tchekhov, il est précisément là pour jouer un rôle, symbolique ou plus concret, ceci, ce sera à vous de le découvrir.

« Le murmure des Dieux » étonne par son ambition romanesque. Ainsi, à la différence de ses autres récits, nous ne retrouvons pas cette urgence dans l’écriture, que nous pouvions ressentir par exemple durant la lecture de ”La montagne mort de la vie ». Non, ce livre est l’exact inverse, la narration reste rythmée, mais l’auteur laisse respirer son histoire, laisse le décor prendre de l’ampleur, et in fine, fini par nous faire comprendre que ce décor est un personnage à part entière. Le lieu devient LE TOUT, et Eudes comme Francisco se retrouve le plus souvent à réagir qu’à agir, subissant aussi bien les aventures comme les mésaventures, perdant petit à petit toute notion de libre-arbitre.

Ce qui donne une dimension quasi-biblique au récit, et plus particulièrement sur la seconde moitié du récit, car ici, le culte est la forêt et les croyants sont les habitants de cette dernière. Sans jamais offrir la comparaison, ni jouer sur le champ lexical de la religion, Michel Bernanos donne pourtant à découvrir un lieu comparable à une cathédrale (verte), possédant ses lieux sacrés, ses reliques mystiques, ses rituels et ses autels.

Ainsi, est-ce que « Le murmure des Dieux » est un roman fantastique ? Et bien oui, tout de même. Bien que le « Fantastique » dans sa forme symbolique, et son surgissement, soit absent du récit, il n’en demeure pas moins une ambiance profondément fantastique, dans le sens où ce dernier bien qu’absent est omniprésent et se fait ressentir à chaque instant.

Et c’est peut-être là tout le talent de l’auteur. En utilisant et faisant ressentir l’absence de ce dernier, il confronte les fantasmes européens et colonialistes de l’homme blanc à la réalité quasi-anthropologique présenter à Eudes et Francisco tout le long de ce récit.

« Le murmure des Dieux » est un roman d’aventures intelligent et qui ne se dévoile pas totalement tant que nous ne prenons pas de recul sur ce dernier. Mais avant tout et surtout, « Le murmure des Dieux » est un superbe récit qui mérite d’être lu et relu pour tout le talent qu’y développe son auteur au travers de ses pages.

Éditions de l’Arbre Vengeur,
264 pages,
Ted.

À propos Ted

Fondateur, Chroniqueur

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