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La passion selon G.H., de Clarice Lispector

A toutes les têtes brûlées de l’introspection, à tous les punks de la narration à la première personne, à tous les assoiffés de performance littéraire, j’ai envie de dire : YOLO. Clarice Lispector est peut-être une auteure à découvrir, et pourquoi pas avec son roman ” La passion selon G.H.”, publié en 1978  et ressorti par les Editions Des femmes en 2014.

La narratrice voit son quotidien bourgeois perturbé par l’absence de sa femme de ménage. Elle pénètre dans une chambre qui lui est étrange, encore marquée par la présence de cette femme qu’elle n’a finalement pas connue. Tout cela commence donc assez simplement : la narratrice se trouve dans une pièce qu’elle fréquente peu, soulagée en quelque sorte de pouvoir s’adonner au rangement dont elle était privée par la présence de la femme de ménage. C’est l’occasion de questionner sa place sociale, sa présence-même dans cet appartement, ce que cette présence dit de son identité.

Mais voilà que ça se complique quand elle voit un cafard sur une armoire.

Lentement, en s’interrogeant d’abord sur l’opportunité de le tuer, sur le dégoût qu’il lui inspire, puis alors qu’il agonise de manière assez répugnante ( désolée pour le spoiler), sur sa présence-même dans la réalité de ce qu’elle vit, sur son état d’être humain, en face de ce cafard, sur son état de femme, le récit est méticuleusement tiré vers le métaphysique et vers une sorte d’ultra conscience poussée à son maximum, jusqu’à interroger le divin.

Tout le long du livre on a l’impression en même temps d’une grande violence dans ce que la narratrice constate sur sa vie et sur elle-même, mais aussi d’un  soulagement d’une importance équivalente,  à mesure que ses réflexions la font exister de plus en plus réellement dans le monde. A la fois récit poétique de la solitude extrême, du détachement aux choses, et chemin vers une certaine forme de bonheur, la passion selon G.H. est une lecture difficile mais intéressante.

Intéressante surtout pour le jalon qu’elle pose dans l’écriture de la pensée. Un jalon de niveau olympique, assez éloigné de tout ce que vous avez pu lire jusque là.
Pour lecteurs avertis, pour l’expérience, pour la fougue, n’hésitez pas à découvrir ce roman très particulier. Clarice Lispector était du genre téméraire, et si elle l’a écrit, vous risquez moins qu’elle à le lire !

passion-ghLa passion selon G.H., de Clarice Lispector
Aux Editions Des femmes
Publié en 1978, réédité en 2014
Traduit du brésilien par Claude Farny

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