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Léo Henry – Thecel

Ayant entrepris un hommage aux genres de l’imaginaire, qu’il a nommé la trilogie des mauvais genres, Léo Henry nous avait embarqué dans un roman de science-fiction avec le « Casse du continuum », puis dans du fantastique avec « La Panse ». Ainsi cette année l’auteur conclu tout naturellement sa trilogie avec un roman de fantasy, à savoir Thecel. Une aventure qui se veut autant un hommage qu’un exercice de style, et qui aura su prouver toute la finesse, l’intelligence et la maîtrise de l’auteur.

Thecel est un palais, celui de Moïra, jeune princesse et de son frère Aslander. Thecel se situe dans le l’empire des Sicles et est gouverné par leur père, malade. Ainsi, alors que son frère est parti sur le front pour repousser des envahisseurs et est porté disparu depuis, leur père vient à mourir et Moïra se retrouve enrôlée dans une magouille politique et un mariage forcé pour pouvoir mettre quelqu’un à la tête du trône. Mais Moïra ne l’entend pas de cette oreille, ainsi, avec l’aide de la mystérieuse Kay, décide-t’elle de fuir et de partir chercher son frère. Dans un royaume où une jeune fille souhaite avant tout vivre, elle ne s’attend pas aux rencontres et aux découvertes qu’elle va faire durant son périple et qui vont la changer à tout jamais.

Comme nous le disions en introduction, ici, cette trilogie se voulant être un hommage, ce dernier volet n’échappe pas à la règle. Ainsi, nous pourrions nommer des référence à Ursula K Le Guin, mais aussi une filiation évidente avec deux autres auteurs majeurs. Le spectre de Jack Vance n’est jamais loin, tant nous trouvons cette même démesure et cette même facilité à créer des univers riche et foisonant en peu de mots. Mais surtout, nous ne pouvons pas passer à côté des princes d’Ambre de Roger Zelzany, ici certains aspect de Thecel font directement écho au cycle de l’auteur.

Mais au-delà de l’hommage et des références et influences, il ne faut pas oublier qu’il s’agit ici avant tout d’un roman de Léo Henry, et qu’en la matière ce dernier n’a rien à envier à ses pairs. L’auteur dans une écriture fine et élégante, privilégiant les ambiances et les descriptions courtes, sait être un conteur de premier ordre qui sait dépasser le simple cadre de l’hommage pour s’approprier le genre et proposer sa version avec ses codes et ses envies. Léo Henry aime la fantasy, et ça se sent, la sincérité respire chaque page, et même nous ressentons le plaisir de l’auteur dans certaines scènes tant il arrive à transmettre ce qu’il peut ressentir à travers l’histoire.

« Et en effet, lorsque le dragon glisse au-dessus d’un camp, elle entend brièvement des hurlements de frayeur l’écho d’une trompe qui va en s’amenuisant aussitôt. La terre dure, les rocs les pointes de sapins : tout file à une vitesse terrifiante, de plus en plus proche. Le vol de la bête épouse les reliefs en un rase-mottes agile et délié. »

L’intelligence du propos n’est jamais loin, ainsi en centrant sa narration sur la jeune Moïra, partant en quête de son frère, et qui se suffit presque à elle même, Léo Henry s’affranchi de bons nombres de poncifs du genre, comme la femme objet de la quête, le partenaire masculin qui va se battre et la proteger, etc… Ici Moïra est l’héroïne et l’histoire ne dépend que d’elle. Et ça fait du bien de lire de plus en plus de récit de ce genre, qui cherche à déconstruire ces schémas narratifs qui imposent une vision finalement très patriarcal à travers la figure du héro notamment.

Questionnant sur les enjeux du pouvoir, sur ce que nous sommes prêts à accepter ou non, l’auteur questionne bien au-delà de la simple quête d’héritage. En fil rouge, nous découvrons un envers fonctionnant différemment de Thecel et forçant ainsi à se questionner quant à la nécessité d’un dominant et de dominés sous ses ordres. Sans jamais le nommé, sans jamais être frontal et toujours dans l’intérêt du récit, Léo Henry, tout comme Ursula K Le Guin avec les dépossédés, sait saisir le propos et le distiller pour renforcer le récit tout en offrant un regard sur notre monde par le truchement de la fiction.

Une belle conclusion de sa trilogie, un auteur français à suivre de très près, intéressez-vous à ses livres, ils valent vraiment la peine d’être lu, que vous aimiez les genres de l’imaginaire ou non, car il s’agit ici, avant tout, d’un grand auteur.

Folio SF,
291 pages,
Ted.

À propos Ted

Fondateur, Chroniqueur

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Un commentaire

  1. Belle référence que celle à Ursula K Le Guin, et une chronique qui vous donne envie de lire ce livre, bravo !

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