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Les meurtres de Molly Southbourne

Tade Thompson – Les meurtres de Molly Southbourne

Molly Southbourne est une adolescente comme toutes les autres, si l’on excepte une étrange maladie. De son sang, lorsqu’il est laissé longtemps à l’air libre, naît un double d’elle-même. Une nouvelle Molly qui bien souvent cherche à la tuer. Afin de la protéger, ses parents lui assènent depuis sa tendre enfance des règles strictes.


Si tu vois une fille qui te ressemble, cours et bas-toi.
Ne saigne pas.
Si tu saignes, une compresse, le feu, du détergent.
Si tu trouves un trou, va chercher tes parents.

En respectant ces règles, elle parvient tant bien que mal à vivre une vie proche de la normalité. Elle joue, grandit, étudie, travaille… mais quelques fois, dans des moments d’inattention, cette malédiction se rappelle à elle, ce qui provoque inévitablement des scènes d’une grande violence.

« Le premier souvenir de Molly, c’est son père occupé à la tuer. Sur le moment, elle croit à un rêve. Elle voit son père dans sa chambre, il la frappe, et elle est couchée par terre toute nue. Il continue de frapper jusqu’à ce qu’elle cesse de bouger, puis Molly se met à hurler. C’est comme si elle était à la fois par terre, en train de saigner et de mourir, et dans son lit, à regarder son père qui respire fort, les mains toutes rouges. »

Dans une vie, et qui-plus-est dans une vie de femme, nous sommes régulièrement confrontés au sang. Une blessure, même minime, des menstruations, un accident…
Ces craintes, et les règles qui en découlent, poussent Molly à être extrêmement attentive à son corps, et aux interactions avec l’extérieur, avec l’autre. Car par cette “maladie”, c’est son propre corps qui la trahit, qui cherche à la tuer quotidiennement. Ce postulat, combiné au fait que Molly expérimente régulièrement ses limites afin de mieux cerner son trouble, crée cette si malsaine et addictive impression d’horreur.

Par cette question du corps se pose aussi la question du rapport à l’autre. Quel rapport unit Molly à ses doubles. Elle-même se considère parfois comme étant leur mère et se laisse aller à de vrais accès de tendresse envers elles.
De plus, comment se comporter envers le reste de l’humanité lorsque l’on souffre d’une malédiction si pesante ? Comment se faire des amis, comment vivre une histoire d’amour ou une relation sexuelle…

« Durant son adolescence, elle tue trois mollys par semaine, parfois même une par jour. Elle jette les règles au panier. Elle laisse ses menstrues créer des problèmes à ses parents. Elle est en colère et ne sait pas pourquoi. Elle commence à se couper, d’abord pour engendrer des mollys, mais ensuite parce que se taillader les cuisses la soulage de la douleur sans nom qui est en elle. »

La question de l’identité, notamment, est centrale ici. Bien que chaque nouvelle Molly soit physiquement identique à la première, elles ont chacune un caractère et une personnalité légèrement différents. Le double, un thème souvent traité dans la littérature fantastique, est une porte ouverte à de très nombreuses interrogations philosophiques. Oscillant entre fascination, envie de se découvrir à travers l’autre, dégoût, rejet et instinct de survie, Molly et ses doubles sont des personnages complexes. Dans les états d’esprit de Molly, on sent l’intérêt et les connaissances en la matière de l’auteur, Tade Thompson étant psychologue de formation.

Assez classique dans sa construction, la novella de Tade Thompson regorge de références et de passages qui raviront les amateurs de fantastique, tant ils évoquent les grandes œuvres du genre. Pour n’en citer que deux, l’influence de Mary Shelley et son Frankenstein sont évidente, et Alien, au sujet de la maternité supposée de Molly vis-à-vis de ses doubles

« Trois ou quatre heures du matin. Molly ouvre les yeux comme une molly la rejoint dans son lit. Elle se blottit au creux de la gorge de Molly et sanglote. Molly finit par la prendre dans ses bras. Peu à peu les sanglots s’estompent. La molly s’endort et Molly reste dans la même position jusqu’à l’aube. Elle lui caresse les cheveux de temps en temps. Une heure après le lever du jour, les muscles de la molly se contractent, son souffle s’accélère. Elle se réveille.
Et c’est reparti. »

18eme volume de l’audacieuse collection “Une heure lumière”, Les meurtres de Molly Southbourne est un petit bijou littéraire. Une centaine de pages pour une intrigue toute en tension et en angoisse, pour un texte qui s’essaie tout à la fois au genre de l’horreur et du fantastique. Magnifiquement illustré par Aurélien Police d’une couverture sanglante et intrigante, à l’égard de la collection, cet ouvrage montre qu’une fois de plus le format court est particulièrement pertinent dans la littérature de SFFF.

Les meurtres de Molly SouthbourneLes meurtres de Molly Southbourne
Tade Thompson
Traduction de Jean-Daniel Breque
Le bélial, collection Une heure-lumière
2019, 126 p.

À propos Paco

Paco
Chroniqueur

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