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Lumière sur … #1 : Fred Uhlman

1 .Introduction
2. Biographie
3. Ses oeuvres
4. Conclusion

INTRODUCTION

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C’est en réalité en 2013 que j’ai commencé à aimer cet auteur. Soit environ 42 ans après la parution originale du roman qui l’a amené au devant de la scène. “L’ami retrouvé”. Vous avez sans doute déjà entendu parler de ce livre lorsque vous n’étiez encore qu’un collégien plus prompt à manger des bonbons dans la cours de récréation ou alors à trouver un stratagème pour dormir tranquillement pendant les cours de maths de Madame Juillet (une vraie peste), qu’à lire les livres proposés par votre prof de français.

Et dieu sait que j’ai eu tort à cette époque de le laisser pourrir sous mon lit. Mais entre nous qu’aurais-je pu y trouver à cet âge là ? …

Quinze ans après et des milliers d’autres pages tournées je prend en pleine face l’histoire de cet homme, de son combat et de sa plume si poétique et humaniste. Je comprends ses mots, ses phrases et j’essaye enfin de vous en parler…

 

BIOGRAPHIE

Fred Uhlman naît en 1901 à Stuttgart en Allemagne. Dès son plus jeune âge il se sensibilise à l’art et la peinture qu’il poursuivra le restant de ces jours. Issu d’un milieu assez bourgeois il refuse l’éducation si syncopée que son père tente en vain de lui inculquer. Négligeant et tête en l’air, son père le poussera, par la force des choses, à devenir un homme. Alors qu’il aurait pu marcher sur les traces de son géniteur Fred Uhlman se lance dans une carrière dans le droit voulant remédier aux dérives juridiques que connaît son pays après la première guerre mondiale. Sous ses airs poétiques Fred Uhlman est un véritable combattant et refuse de se plier à l’idéologie évolutive du nazisme.

Lorsque la population semble suivre les traces d’Adolf Hitler, Fred Uhlman, d’origine juive, renie complètement son pays. Il quitte l’Allemagne en 1933 pour se réfugier à Paris, catalyseur de sa passion pour la peinture. Il y découvrira l’art français, les bistrots parisiens et un semblant de liberté qui lui faisant tant défaut auparavant.

« Je ne connaissais qu’un seul homme dans la toute la ville : le peintre Paul Elsas, qui avait un atelier un Montrouge. Je me rendis directement chez lui. D’abord stupéfait de me voir, il se montra secourable. Je parlais avec lui longtemps après minuit, jusqu’à qu’il fût trop tard pour trouver un hôtel. Il demanda à sa concierge si elle pouvait me loger pour la nuit et elle me donna la chambre 17 au première étage. Ce fût ma première nuit à Paris et je ne l’ai jamais oubliée. »

Étrangement, pendant son séjour à Paris, Fred Uhlman continue à garder contact avec sa famille en Allemagne. Son père, avec qui il communique beaucoup par courrier, lui demandera plusieurs fois de revenir régler des affaires personnelles et de rendre visite à sa grand-mère, rendue malheureuse par son exil.
Il étonnant de constater qu’il se pliera aux volontés de son père et rendra visite à sa famille quelques fois durant son exil à Paris.
Il écrit même dans son livre « Il fait beau à Paris aujourd’hui ».

«Je réfléchis à cette offre pendant un certain temps et décidai – malgré l’avis de tout mes amis, certains que c’était un guet-apens – de l’accepter. Il y avait à cela deux raisons. Pour les nazis, je n’étais pas quelqu’un d’important. Pourquoi me mettraient-ils dans un camp de concentration et me nourriraient-ils alors que j’avais la possibilité de revenir à Paris ? … C’était une affaire de chance, mais ce qui me persuada finalement de partir était le plaisir que, je le savais, ma visite causerait à ma famille»

Suite à cette visite il écrira:

«Le lendemain je quittai l’Allemagne. Quand j’y retournai, quinze ans plus tard, il n’y avait plus d’hôtel Silber ni de bureau 207. L’hôtel s’était évanoui en fumée et en cendres avec la moitié de la ville.»

En 1936 il rencontre sa future femme Diana après un séjour en Espagne. Alors qu’il semble y vivre une idylle, Fred Uhlman devra encore une fois fuir le pays. La guerre d’Espagne est enclenchée. Le 3 septembre 1936 Fred Uhlman et sa femme Diana arrivent en Angleterre. Deux ans plus tard ils s’installent à Londres où un semblant de vie normale semble faire éruption. Il entretient alors de rares rapports avec sa famille, restée en Allemagne, et tente en vain de les convaincre de fuir leur pays. Il apprendra par la suite que ses parents ont péri en camp de concentration et que sa sœur Erna s’est jetée avec son bébé sous un train en partance pour Auschwitz vers la fin de 1944.

En 1940 le gouvernement britannique, par crainte des espions, interne les réfugiés allemands. Cette période, assez peu racontée par l’auteur, semble lui avoir permis de rencontrer des personnes importantes. Artistes, politiciens, professeurs, tous semblent avoir un rôle dans l’évolution sociale de Fred Uhlman. Libéré six mois plus tard il retournera à son domicile et continuera d’exercer son art et exposer ses œuvres. Après la naissance de son fils en 1943 et la célébration de la fin de la guerre il compose son œuvre qui le rendra célèbre. «L’ami retrouvé».
Il meurt en 1985 sans avoir connu le succès qui lui revient. Avant sa mort il écrit «La lettre de Conrad» sorte de suite à «L’ami retrouvé» qu’il demandera la publication après sa mort.
Fred Uhlman rejoint les siens après un combat où l’humanisme et l’amour auront poussé les barrières de la barbarie.

SES ŒUVRES

il-fait-beau-a-paris-aujourd-hui-23817-250-400En 1960 il couche sur papier les aventures qui ont mené l’homme à devoir fuir son pays et se réfugier en Angleterre. Il nous conte sa vie, ses secrets et ses angoisses. Le roman «Il fait beau à paris aujourd’hui» sera publié en français en 1985.

Chroniqué ici : Fred Uhlman – Il fait beau à Paris aujourd’hui

En 1973 Fred Uhlman écrit «L’ami retrouvé» roman semi autobiographique. J’emploie volontairement ce terme car il ne s’agit pas à proprement parlé d’une biographie. En réalité Fred Uhlman, à travers ce récit, dresse une analogie poétique de sa jeunesse en Allemagne. Il conte l’aventure impossible entre deux amis que la force des choses poussera à se séparer. L’un juif et l’autre allemand. L’un d’une confession interdite en ce temps et l’autre d’une issu d’une famille « pro-hitlerienne. ».

Vous pouvez retrouver ma chronique ici : Fred Uhlman – L’ami retrouvé.
Ce livre ne rencontrera le succès qu’après sa mort lors de sa parution en 1986. Il devient dès lors un grand classique de la littérature étrangère et sera étudié à plusieurs reprises.

1023857_3003428En 1984, soit un an avant sa mort, Fred Uhlman nous offre un roman d’une toute autre trempe. «Sous la lune et les étoiles». Il traite d’une façon très poétique et rude une variation à la solitude. Comme l’a jadis fait Jules Verne avec « L’oncle Robinson » et Daniel Defoe avec « Robinson Crusoe ». Un roman véritablement dur qui n’est pas sans rappeler le difficile passé de l’auteur. Un récit sombre et angoissant. Il sera publié en France en 1986 et sera assez méconnu du grand public.

Chroniqué ici : Fred Uhlman – Sous la lune et les étoiles

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Quelques mois avant sa mort il publie son roman le plus touchant.
«La lettre de Conrad», qui ne sera publié à son souhait qu’après sa mort, retrace une lettre d’excuse que Conrad, avant son exécution pour le complot contre Hitler, tient à transmettre à son ancien ami. Il raconte ses visions, ses idéologies et sa soudaine prise de conscience. Une lettre terrible, extrêmement émouvante et qui clôt tragiquement l’ultime talent de Fred Uhlman.

Chroniqué ici :  Fred Uhlman – La lettre de Conrad (Suivi de Pas de résurrection s’il vous plaît).

CONCLUSION

AVT_Fred-Uhlman_467À travers cet article j’ai soudainement pris conscience de l’amour que je porte à cet auteur. Avant d’être un écrivain assez peu connu, Fred Uhlman a côtoyé la barbarie dans sa forme la plus pure. Dans chaque tournure de phrase suinte un écho difficile et un pardon impossible. Car si Fred Uhlman semble être quelqu’un de véritablement humain il n’oublie pas. Il n’oublie pas les douleurs, la terreur et l’impossible fuite d’un passé qui finira tôt ou tard par le rattraper.
Et au-delà d’une douleur qui semblerait pour nous infinie, Fred Uhlman ne la mentionne jamais. Comme si à chaque synonyme de celle-ci, elle finirait par revenir, plus forte encore, galvanisée par ses peurs. Il ne mentionne pas non plus le bourreau qui est à l’origine de tout ça. Il le décrit, parle peu lui, mais n’entre jamais vraiment dans les détails qui donnerait de l’importance à cet homme. Il le répugne mais ne le dit pas. Il le hait mais ne le laisse jamais percevoir. Et c’est dans ce chuchotement si faible que les propos prennent tout leurs ampleurs.

Fred Uhlman nous laisse le bouleversant écho d’une génération martyre. Il prophétise l’amour qui régnait malgré tout à cette époque et prend plaisir à faire parler la poésie. Alors si au-delà de cet article vous arrivez, ne serait-ce qu’un peu, à comprendre l’infime passion qui m’anime quand je parle de lui je me dis que je m’en sors bien. Parce que je lui dois bien ça.

Fred Uhlman a aimé la vie, il l’a tutoyé comme on tutoie les sommets.

« Rien ne nous rend si grands qu’une grande douleur ».

À propos Ludo

Fondateur, Webmaster

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