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Markus Zusak – La voleuse de livres

9782266175968À ses extrémités deux choses, l’une aussi poétique que l’autre. Les livres et une fillette. L’un apporte l’autre comprend, l’un se fige dans le temps et l’autre apprend de ce premier, évolue, se forge et aiguise sa conscience. Une conscience pourtant mal venue en cette triste époque. Le travail de l’un au profit de l’autre.
De l’encre chargée d’histoire.
Et autre centre de tout ça, la Mort.

Pas celle que l’humanité a forgée. Un drap noir, un visage inexistant et une longue faux récoltant les âmes esseulées. Inéluctable, soudain.
Celle d’un auteur qui m’a profondément bouleversé. Sa mort à lui s’arme d’une conscience, mû par une intelligence et une verve hors du commun. Sa mort à lui est ironique, sensible, bavarde et surtout poétique. Malgré elle, elle trace le même chemin que le Fürher… à l’exception près qu’elle préfère ôter les âmes avec une certaine tendresse, un touché plus empathique.

Alors quand la Mort s’arrête plusieurs fois sur la même route qu’une voleuse de livre, que son étreinte glacée n’atteint pas, elle prend le rôle d’un conteur et nous plonge dans l’histoire de Liesel Meminger. Alors on l’écoute.

« Je dois reconnaître que durant la période où Hitler fut au pouvoir, aucun être humain ne put servir le Führer aussi loyalement que moi. Il y a une différence entre le coeur d’un humain et le mien. Le coeur humain est une ligne, tandis que le mien est un cercle, et j’ai la capacité infinie de me trouver au bon moment au bon endroit. En conséquence, je trouve toujours des humains au meilleur et au pire d’eux-mêmes. Je vois leur beauté et leur laideur, et je me demande comment une même chose peut réunir l’une et l’autre. Reste que je les envie sur un point. Les humains ont au moins l’intelligence de mourir ».

Quand c’est la mort qui parle on l’écoute. On écoute l’histoire de Liesel, qui vit dans les livres, fussent-ils volés, de Hans, ce père adoptif si délicat et si alerte, musicien d’exception, qui le soir venu endort sa fille avec les mots, de Max, juif réfugié dans la maison de Liesel, qui mène une lutte morale contre son ennemi de toujours, une lutte sur un ring, le Fürher et lui, l’Aryen contre le Juif et enfin l’histoire de Rudy, qui sillonnera dans les pas de la voleuse de livres, toujours à la recherche d’un baiser.

« On dit que la guerre est la meilleure amie de la mort, mais j’ai une autre opinion là-dessus. A mes yeux, la guerre est comparable à un nouveau patron qui attend de vous l’impossible. il est là, sur votre dos, à répéter sans arrêt : “Il faut que ce soit fait, il faut que ce soit fait.” Alors, vous mettez les bouchées doubles. Et le travail est fait. Pour autant, le patron ne vous remercie pas. Il vous en demande plus encore. »

Markus Zusak accomplit ici l’un des tours de force les plus impressionnants qu’il m’ait été donné de rencontrer au fil de toutes mes lectures.
S’appropriant l’inappropriable, domptant l’indomptable il personnifie la Mort avec une légèreté et une profondeur si talentueuse que l’histoire devient drastiquement addictive.

Alors quand c’est la Mort… on s’arrête.

634 Pages

Éditions Pocket

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