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Max Porter – SHY

Avec Max Porter, nous savons que nous sommes en terrain familier. Un territoire pourtant passé au travers d’un prisme, multipliant ainsi les visions pour donner une histoire dans la globalité de son spectre.

Nous avions pu découvrir l’auteur avec l’élégant et touchant « La douleur porte un costume de plumes », puis « Lenny », son second roman, une fulgurance bavarde qui proposait dans son chaos apparent, une narration intelligente, voir brillante pour toucher au cœur et laisser une empreinte indéniable.

Puis l’an dernier, il y eut le cas Francis Bacon, son livre dévoilant une nouvelle facette de l’auteur, plus sobre, proposant une introspection élégante du peintre. Ce dernier roman laissait présager un nouveau virage chez l’auteur, et le côté « choral » de « Lenny » comme une fantaisie temporaire.

Alors, découvrir « Shy », c’est un peu s’attendre à tout et à son contraire. C’est comme plonger dans la psyché, dans un lieu, une époque, un temps donné. Un roman plus court et resserré que “Lenny”.

Ici, nous suivons « Shy », un jeune anglais, en décrochage avec la société. Un jeune homme turbulent, voir violent, qui est en rébellion avec sa famille tout comme l’école ou plus globalement la société. Nous parcourons cette période de sa vie, et notamment dans un centre pour mineur délinquant, perdu au milieu de nulle part. Un centre ayant pour architecture un vieux manoir. C’est ici que nous accompagnons « Shy » dans sa tête, son quotidien et au travers du regard des autres.

La force de Max porter, au fil de ses récits, et peut-être encore plus ici, est de savoir recentrer son histoire sur l’essentiel, tout en multipliant les voix. Car, comme vous pouvez le comprendre, l’auteur ici nous noie de paroles, de pensées, celle de « Shy », celle de sa famille, des tuteurs, des autres… Et cette multiplication de voix, tout en s’affranchissant d’un narrateur, cet assemblage, construit une histoire au travers de notre lecture.

Ainsi, dans ce texte choral, ce récit bavard, l’histoire se crée par recoupement, petit à petit, nous comprenons quelle voix appartient à qui, par petite touche nous complétons les trous, et traçons la cartographie aussi bien temporelle que psychique de ce jeune garçon.

« Shy », au-delà de cet immense travail stylistique, devient plus particulièrement un récit de la jeunesse, de l’innocence perdue et de la révolte. Un récit qui montre la construction d’une identité et comment cette dernière est aussi bien façonnée par notre regard sur nous-même, que par notre environnement ou encore l’appréciation qu’on les autres de nous.

Ceci pour être presque convenu de dire cela, mais il faut lire « Shy », aussi bien pour ce qu’il dit, que ce que vous apportez à l’histoire. Car aussi subtil que cela puisse paraître, en lisant le texte, vous devenez une de ses voix, en lisant le texte de Max Porter, en comprenant ce que votre grille d’analyse vous apporte, en ressentant ce que le texte vous fait ressentir, vous devenez partie intégrante de « Shy ».

En bref, Max Porter, est définitivement à part, un auteur passionnant, qui livre après livre, construit un univers singulier, qui n’a pas réellement de comparaison. Un auteur qui se situe à la frontière entre la métafiction et les récits à la Neil Gaiman. « Shy », encore une fois bénéficie de l’excellent travail de traduction de Charles Recoursé, qui suit l’auteur depuis ses débuts. Un roman incontournable de cette rentrée.

Editions du Sous-Sol,
Trad. Charles Recoursé,
144 pages,
Ted.

À propos Ted

Fondateur, Chroniqueur

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