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Nadine Ribault Les ardents couverture

Nadine Ribault- Les ardents

Vivant en retrait prés de la Mer du Nord, Nadine Ribault a écrit des essais, des romans mais aussi des recueils de poèmes. Elle crée également des collages qui sont souvent exposés en France et Japon, dans lesquels on retrouve une sensibilité évoquant celle de son écriture. En effet, la nature et les figures féminines sont prédominantes et l’ensemble est organique, vibrant et sombre.
Son dernier livre, intitulé Les Ardents, est un conte moyenâgeux où l’amour et le déchirement forment une toile de fond et où les personnages évoluent au coeur de paysages balayés par des vents salés.

Dans son château rongé par les hivers et le climat des Flandres maritimes, Isentraud règne sur les environs en instaurant une puissante atmosphère de terreur. Aussi sèche et tordue que les tours qu’elle hante de ses pas, elle prend plaisir à la torture et ne se soucie que très peu du sort des paysans rampants aux portes de son antre.
Autour des remparts de Gisphild se dresse une épaisse et sombre forêt où Arbogast, fils d’Isentraud, et son meilleur ami Bruny aiment chasser.

C’est également le repère de la mystérieuse Abrielle, la fille du forgeron. Faite elle-même de flammes et d’étincelles, débordante de vie, elle est à l’écoute de la nature et haït de tout son être la cruelle souveraine et tout ceux qui lui sont proches. Elle prend soin du vieil ermite Baudime qui lui a appris l’art des baumes et le secret des plantes, à présent atteint par un terrible fléau qui consume tout le pays; le mal des Ardents.

Le froid avait tout pris : les eaux, les arbres, les buissons, les chèvres, les oiseaux, les poules dans les rares qui avait survécu, tétanisées,  ne donnaient plus un œuf. Le gel avait saisi la neige l’avait changée en os, dans les champs, les forêts, aux abords des marais, sur les plages où, quand la bise soufflait, on ne savait plus même si ce qu’elle soulevait de ses mains ravageuses était du sable de la neige. […]

Le mystère, dont on avait jusque-là respecté la définition, on rêvait de le pénétrer de la curiosité la plus certaines telle une aiguille dont on eut percé un ventre pour aller au centre y titiller le mal qui le rongeait. Les ruisseaux, qui trouaient la forêt, semblait des cicatrices miroitantes de douleur. Les voiles ondulants de feuillage cachaient de délicieux visages. Des morceaux de corps, çà et là, erraient. On disait de la forêt qu’elle était désormais habitée, que les ardent, chaque jour plus nombreux, y avait été élu domicile.

Ce mal qui nécrose les membres et brûle de l’intérieur rend fous les esprits les plus forts. Il semble faire écho à la perversion morbide qu’étend l’impitoyable reine sur ses terres, l’épuisant des ses hommes valides en les envoyant à la guerre mais aussi de ses récoltes, laissant péricliter le monde extérieur.

C’est dans cette contrée reculée et étrangère que la belle Goda, choisie par Arbogast comme épouse au grand damne de sa mère, va elle-même dépérir. Brune, de type romain, cette fille d’un seigneur voisin réveille une haine profonde chez sa belle-mère, qui va la forcer à l’isolement et l’oubli. Tel un rossignol enfermé dans une misérable cage, elle perd ses forces et sa beauté devient diaphane. Mais de par sa bonté et sa patience, elle devient l’incarnation de la bonté et de l’espoir aux yeux des misérables villageois, qui la rend encore plus détestable et dangereuses aux yeux d’Isentraud.

Au fil des saisons, les personnages de Nadine Ribault s’aiment et se déchirent, chacun dévoré par ses propres convictions, son orgueil.  Ainsi, Les Ardents puise son nom dans le mal qui ronge physiquement les sujets appauvris de Gisphild, mais aussi les élans de haine, d’amour, de rancoeur ou de survie qui calcinent les protagonistes eux-même.

Les lieux encastrés dans ce paysage neigeux donnaient l’impression d’être réemployés comme on réutilise, dans une église, les anciens relief. En ces frises étranges que dessinait, au pied des arbres, la neige que les oiseaux et autres animaux avaient piétinée, que des chutes de branches avait déformée, on croyait voir des lions au combat. Des arcatures de glace avait réuni les arbres entre par-dessus le chemin et ces derniers semblaient d’immenses personnages surmontés d’une foule de figurines effrayantes. Un drame se jouait. Un labyrinthe se construisait, aux parois gaufrées, aux chapiteaux de colonnettes couverts d’étoiles, d’entrelacs, de lièvres et de sagittaires indistinct, aux élégants damiers, aux portails aveugles, aux silhouettes comme de calcaire tendre suspendues au-dessus du vide.

En redonnant vie à cette époque lointaine de la fin du XI ème siècle, Nadine Ribault recrée une atmosphère particulière aux paysages et personnages mouvants. La nature et l’organique dominent, chaque sensation ou lieu est décrit avec le plus grand soin, apportant une atmosphère palpable à ce roman.
La détresse est partout qu’elle soit due à la famine, l’épidémie, l’abandon ou la solitude: Les Ardents est aussi bien emprunt de la chaleur brûlante  que de la morsure du froid d’une époque où toute vie ne tenait qu’à un fil.

Enfin, je vous le demande, vaut-il mieux vivre en bas et pouvoir emprunter les chemins qui s’en vont ailleurs, ou en haut, enfermée, chancelante ? Sous peu, inhumaine que vous êtes, les fées des bois souffleront à vos oreilles le chant des damnés et la Bête vous bondira dessus, ne faisant de vous  qu’une bouchée.

Nadine Ribault Les ardents couverture
Editions Le mot et le reste

206 pages
Caroline

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Caroline
Chroniqueuse

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