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Richard Gwyn – Les invités

Richard Gwyn est un auteur, essayiste et poète gallois. Enfant du pays de Galle, après des études d’anthropologie à la London School of Economics, il voyagea à travers l’Europe, principalement en Grèce ou en Espagne où il vécu de longues périodes. Durant cette époque, Richard Gwyn cumula des petits boulots, travaillant notamment sur des bateaux de pêche ou comme ouvrier agricole. L’écriture arriva plus tardivement, quand il dut rentrer au Pays de Galles suite à une maladie grave.

Richard Gwyn commença sa carrière d’auteur en 2000 en publiant trois recueils de poésie avant de sortir son premier roman, inédit en France, « The Color of a dog running away » en 2005. Il est à ce jour l’auteur d’une dizaine de livres, de la poésie, des romans mais aussi une autobiographie. Un auteur passionnant, qui laisse entrevoir un écrivain marqué par son vécu, mais aussi se questionnant sur la notion de frontières, physique comme imaginaire, et se montre assez critique envers les dogmes que notre société contemporaine impose aux citoyens.

« Les invités », est à priori la première publication en français de l’auteur. « Blue Tent » en version originale est sorti en 2019 dans son pays et grâce à la clairvoyance de Céline Leroy, la traductrice, et la confiance de Joelle Losfeld, l’éditrice, envers cette dernière, nous permettent enfin de découvrir Richard Gwyn, son style et son univers.

Un homme vivant seul dans une maison «  manifestement trop grande pour une personne. » voit son quotidien chamboulé le jour où une tente bleue apparaît sur le terrain de son voisin. Grande bâtisse perdue au milieu des black Mountains du Pays de Galles, il reçu cette demeure en héritage à la mort de sa tante. Insomniaque et quasi-ermite, l’arrivée de la tente se trouvant autant être une source de curiosité que d’agacement. Mais cet objet d’un bleu profond, assez hypnotique, n’est que le début d’une succession d’événements. Des visiteurs, les jours suivants, vont apparaître, s’imposant dans sa vie et son quotidien. À priori sans rapport, et pourtant… ils auraient tous rencontré sa tante, de son vivant, et elle leur aurait à chacun offert cette énigmatique tente bleue. Comment le protagoniste va percevoir ses rencontres et quel sens donner à ce nouvel état de fait ?

Ce huis-clos perdu au cœur des Black Mountains est une merveille de conte drôle, sensible et fin. Richard Gwyn avec une écriture aussi modeste que sublime nous promène de part en part sans jamais nous égarer.

Utilisant le surgissement du fantastique dans le quotidien du narrateur, l’auteur se permet ainsi de questionner la filiation et les liens que les étapes de la vie créées. Ainsi, les rencontres successives reconstituent au fur et à mesure les rapports humains et sociaux, d’abord basique, puis de plus en plus complexe que l’on rencontre. De l’enfance à la maturité, du flirt à l’amour, du renoncement à la reconquête, l’héritage ou encore les insomnies et l’apprentissage et le savoir par la figure de la bibliothèque, ici tout est passé à la loupe de Richard Gwyn construisant un tout passionnant et touchant sans jamais tomber dans l’analyse froide ou pompeuse.

Car la force de l’auteur réside dans son humanité qui transpire à chaque paragraphe et donne une réelle profondeur au récit. Ici, le protagoniste n’a pas la vérité absolue, ni des certitudes toutes faites sur ses invités ou sur la situation, le protagoniste avance, se déconstruit et évolue au grès des péripéties. On pourrait rapprocher « Les invités » au roman d’initiation, mais tout en s’affranchissant des codes du genre et surtout en étant furieusement ancrés dans les réalités et enjeux de notre époque.

“Les invités” est un conte moderne, empruntant autant au fantastique, qu’à la philosophie ou au roman initiatique, un mélange des genres donnant un roman passionnant, drôle et touchant. Magnifiquement traduit par Céline Leroy, “Les invités” est à lire, et relire, pour son histoire, pour ce qu’il a à dire sur nous et nos rapports aux autres et au monde, pour accepter la magie dans sa vie ou encore comprendre que nous avons tous besoin de cette tente bleue sur le terrain de son voisin quand on se sent trop seul et plutôt perdu. Une belle réussite à classer quelque part en Magnus Mills et Mike McCormack.

Joelle Losfeld Editions,
Trad. Céline Leroy,
199 pages,
Ted.

À propos Ted

Fondateur, Chroniqueur

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