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Richard Powers – Orfeo

Orfeo est le onzième roman de Richard Powers, sorti en 2013 aux Etats-Unis. Il est le huitième roman de l’auteur à être publié dans la prestigieuse collection Lot49, en France, chez Le Cherche Midi. Il s’agit, avec « Le temps où nous chantions », d’un roman principalement basé sur la musique et l’exploration musicale… Mais pas que …

« Une ouverture, donc :
Des lumières flambent aux fenêtres d’une maison de style Craftsman dans un quartier sage, tard un soir de printemps, en l’an dix du monde altéré, Des ombres dansent sur les rideaux : devant des étagères chargées de verrerie, un homme travaille tard, comme tous les soirs de cet hiver. En tenue civile, équipé de lunettes de protection et de gants d’examen en latex, il voûte son corps, comme un Giacometti en prière. Une longue frange de cheveux gris encore drus lui tombe sur les yeux. »

Peter Els, septuagénaire mystérieux, prend la fuite, lorsque le FBI débarque chez lui avec le soupçon d’avoir à faire à un bio-terroriste, pourtant ce compositeur de musiques classiques et d’opéras ne faisait rien de mal avec son labo acheté en kit par correspondance. Son existence devient une fuite en avant, et son passé remonte à la surface le long de ce périple qui va lui faire traverser une partie des États-Unis et de son histoire des 60 dernières années.

Richard Powers revient à la musique et à la science. Il est ce que la littérature peut avoir de plus fou et de plus exigeant en même temps. Orfeo, à travers la fuite de Peter, est une ode à la musique, à son univers, son évolution, son questionnement, sa perception et surtout le ressenti que l’on peut en avoir. Un vrai texte d’amoureux de la musique, de son art et de son univers en perpétuel construction. Mais Orfeo est également un texte qui questionne sur les valeurs de la vie, les choses qui comptent vraiment et cette fuite face à l’accusation et l’éventualité d’un emprisonnement nous plonge dans la vie ô combien romanesque et touchante de Peter Els. De ses amours, de sa vie dédiée à la musique, de ses rencontres, de ses frustrations ou encore plus tard, de ses regrets. Une vie qui se lit comme une partition, tout en finesse et pleine d’harmonie, mais une partition aussi qui nous apprend à reconnaître et à aimer les dissonances, qui sont indéniablement liées au reste. Se limiter à ces deux points n’est pas suffisant pour faire d’un roman de Richard Powers un bon, voire un excellent roman. Il faut également prendre en compte la seconde passion de Peter : la chimie et sa récente découverte, qu’est la modification de l’ADN. La corrélation entre la chimie, la musique et la vie de Peter Els vous saute au visage au fur et à mesure que vous avancez dans l’histoire et ne vous lâche pas jusqu’à la dernière page.

« Passent trois mouvements de la symphonie : destinée et noble sacrifice, nostalgie d’une innocence perdue, et un menuet si élégant que Peter en crève d’ennui. Vient alors le finale, ses quatre notes modestes. Do, Ré, Fa, Mi: la moitié d’une gamme approximative. Trop simple pour qu’on puisse parler d’invention. Mais cette chose se répand dans le monde comme une de ces antilopes qui, tombée du ventre de leur mère, encore mouillée de placenta, court déjà. »

Un texte beau et subtil, magnifiquement traduit par Jean-Yves Pellegrin, un roman qui marquera très certainement de nombreux lecteurs. Une mention spéciale pour tout le passage sur la genèse du « Quatuor pour la fin du temps » qui est juste un monument de littérature et une leçon d’histoire de la musique. Un roman à classer quelque part entre le « Not Fade Away » de Jim Dodge et le film « Tree of Life » de Terrence Malick.

orfeoLe Cherche Midi,
Trad. Jean-yves Pellegrin,
430 pages.

Ted

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Fondateur, Chroniqueur

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