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Stéphane Vanderhaeghe – P.R.O.T.O.C.O.L

P. R. O. T. O. C. O. L est le troisième roman de Stephane Vanderhaeghe. Après un premier texte fulgurant que fut Charøgnards, suivi du tendrement inquiétant ” A tous les airs (ritournelles), l’auteur revient ici, et toujours chez l’excellent Quidam éditeur, avec un roman moins expérimental dans la forme mais à l’ambition folle dans le fond.

Ici, s’impose à nous un roman choral, pluraliste, un roman se construisant par la mise en opposition de points de vue, des constats et vécus très directs et quotidiens pour dire le monde, donner sa forme à ce dernier, son cadre, ses limites et ses contraintes.

Ainsi, P. R. O. T. O. C. O. L offre une grille de lecture par truchement, un roman de témoignages, celui de l’enseignante Cécile qui fait suite au décès d’un collègue, de son mari JC, cadre commercial s’offrant une romance extra-conjugal dans sa boite, de RE:AL, gaffeur contestataire et doué appartenant à un collectif anonyme, des réfugiés Rrezon et Baz, des clochards Mél. & Dédé, de l’escort-girl Katya, de Meryem la femme du vigil Oumar, etc… (liste non-exhaustive)! Un tout décousu au premier abord, mais prenant sens au fur et à mesure de l’œuvre pour finir par dire et surprendre dans sa partie finale.

Puis il y a une autre partie, un roman dans le roman, ne prenant plus la forme de voix, mais de rapports. Tout d’abord un compte-rendu minuté de la poursuite d’un homme mystérieux, fuyant les reconnaissances faciales, conservant un anonymat, mettant à mal plusieurs fois les cameras de surveillances témoin de sa progression, de 09h07 à 13h37.

Le deuxième élément, (ÉPILEPSE), est une retranscription de ce qui s’apparente au premier abord à un interrogatoire névrosé, pour finalement devenir une tentative de recrutement tout aussi hallucinée et presque sans point entre deux phrases. Cette dernière partie, cette logorrhée presque frénétique, apportant un autre regard sur ce que les voix de Cécile, JC etc… peuvent dire, un complément, une autre grille de lecture, voir le lien de cet assemblage faussement hétéroclite.

Ce tout, en apparence, éclaté, donne un ensemble quasi clinique d’un état des lieux de cette société semblable à la notre mais ayant poussé les potards liberticides et fachisants un cran au-dessus, donnant une sensation de roman d’anticipation étrangement dérangeant et, au moment de l’écriture de l’article, questionnant sur l’avenir incertain des élections à venir.

Stephane Vanderhaeghe dévoile, avec P. R. O. T. O. C. O. L, une autre facette de son écriture plus intimiste et viscérale, prenant un style plus direct dans l’écriture tout en restant fin, mais en développant un roman monde complexe et foisonnant. Un roman pluraliste brillant et donnant une sensation de vertige au lecteur tant l’auteur tape juste à chaque instant.

P. R. O. T. O. C. O. L est ambitieux et réussi, demandant un certain lâché prise pour savourer pleinement ce puzzle qui se construit sous vos yeux. Une très belle surprise qui montre à quel point la littérature peut dire de notre société par le biais de la fiction, rappelant des auteurs comme Don Delillo ou William Gaddis avec ce style si personnel qu’à su construire l’auteur jusqu’à présent.

Quidam éditeur,
576 pages,
Ted.

À propos Ted

Fondateur, Chroniqueur

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