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Chloé Cruchaudet & Fabien Vehlmann: L’herbier sauvage

Aux détours des cafés et des rencontres, Fabien Vehlmann (scénariste du duo Kerascoët)  a récolté des histoires humaines. Soigneusement, il les a cueillies, gardées au creux de son carnet pour finalement les mettre bien à plat entre les pages d’un bel album, et c’est ainsi que L’herbier sauvage est apparu.
Chloé Cruchaudet (Mauvais genre) lui vient en aide, de ses aquarelles délicates aux couleurs qui fusent et se mélangent, elle illustre ces récits de sexualité moderne. Charnel, sensuel, trivial, passionné, cette collection de témoignages met en lumière des protagonistes de tout horizons et des pratiques de tout bord autour d’une thématique ancestrale et universelle, que l’on retrouve chez tous les êtres vivants et qui pourtant reste encore un sujet controversé et parfois mystique: le sexe.

 

 

Qu’ils soient hétéros, homos, croyants ou athées, polygames ou monogames, vieux ou jeunes, ces hommes et femmes qui ont accepté de raconter leurs histoires de cul le font tous avec honnêteté. De manière plus ou moins cru, ils évoquent des situations improbables, des souvenirs toujours bien ancrés, des partenaires perdus de vus ou là pour la vie, et F.Vehlmann rajoute ici et là une didascalie qui vient donner encore plus d’ampleur à l’ensemble. Ainsi, nous assistons à l’émotion qui envahie les narrateurs lorsqu’ils évoquent leurs aventures, grâce à ces détails ponctuant le tout: un geste de la main, une brise qui vient refroidir une nuque, une mèche de cheveux que l’on remet derrière l’oreille, un regard, un sourire… L’herbier sauvage est plein de belles pousses tendres qui prolifèrent et oscillent aux fils des pages.

C. Cruchaudet peint avec beaucoup de tendresse et d’inventivité ces corps qui se mêlent et se fondent les uns aux autres. Elle expose sans honte l’anatomie telle qu’elle est, sans chercher à enjoliver ou masquer une nudité que les dictats des bonnes moeurs et de la société de consommation nous tordent: Cruchaudet nous montre des fesses, des verges et des vagins, des courbes et des angles, mais ne se contente pas de diluer sur papier les récits cueillis par F.Vehlmann: elle en fait des scènes parfois surréalistes, capte un moment, un détail et en fait une oeuvre. Ses dessins sont pleins de vie, de chair et d’essoufflements. Les narrateurs reprennent leurs soufflent, se contorsionnent, s’animent, s’aiment et se dévorent dans un ballet érotique très poétique.

Ne tombant jamais dans le voyeurisme ou la curiosité malsaine, le duo F.Vehlmann-C.Cruchaudet fait des merveilles autour du plaisir et du désir charnel. Le sexe est traité dans sa forme la plus simple, sans chichi, sans froufrou: il est tel qu’il est, avec ses odeurs, ses saveurs, ses proportions qui varient selon les physionomies bien sûr, mais aussi selon les esprits.

A eux deux, F.Vehlmann et C.Cruchaudet ont su capter le petit détail qui pétille, le petit rien qui fait un grand tout: à travers L’herbier sauvage, ils ont réalisé un hommage à la sexualité contemporaine et aux Hommes. Par leur démarche et leurs intentions, ils appuient sur le fait qu’il y a autant de couples que de personnalités, autant de libidos que d’êtres humains. Brisant les carcans trop serrés et trop aveugles des préjugés, ils ont glanés des fleurs organiques pour en faire un album rare, une bien belle collection d’histoires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Collection Noctambule
Editions Soleil
164 pages

Caroline

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Caroline
Chroniqueuse

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