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Emmanuel Villin – Sporting club

Premier roman d’Emmanuel Villin, ancien journaliste au Proche-Orient, Sporting Club est un excellent mélange d’expérimentation littéraire et du récit de vie.

Un narrateur, un « je » sans nom, se trouve dans une ville méditerranéenne jamais nommée. Il a suivi Camille, célébrité énigmatique qui doit lui dévoiler aux cours de divers entretiens les mystères de sa vie en vue de la rédaction d’un livre. La « star » aime se faire désirer, annule, repousse les rendez-vous et lorsque le narrateur a la chance de pouvoir la voir c’est pour faire tout autre chose, se rendre au restaurant ou organiser un concert privé. Mais pour lutter contre l’ennui, l’attente et le désœuvrement, la ville dans laquelle il se trouve offre de maigres perspectives. « Cité fantôme » que l’on comprend terrassée par un contexte politique houleux, le narrateur passe le plus clair de son temps au Sporting Club Swimming Center, « îlot de flânerie et d’indolence » et regarde passer les avions sous une chaleur étourdissante. Sa vie sociale se résume aux quelques rencontres avec des locaux qui lui livrent quelques bribes de l’histoire du pays, son idylle avec Odile travaillant au Musée Central et son déjeuner hebdomadaire avec Jacqueline, qui l’a mis en relation avec Camille.

Je restait à me morfondre des journées entières au Sporting, en proie à l’ennui qui, conjugué à l’effet du soleil, altérait mes sens au point de me rendre sujet à des visions. Dans mon demi-sommeil, je cru ainsi apercevoir un jour au loin un Super Constellation survoler la mer. (…) Ces hallucinations, loin de m’ébranler, me confortaient dans l’idée que le Sporting, rare site rescapé du désastre, était devenu en quelque sorte la porte d’entrée d’une faille temporelle dans laquelle je parvenais à me glisser.

Si le lecteur fait connaissance avec ce narrateur, écouteur écouté, au fil des pages, il n’en reste pas moins que le sujet principal du récit est celui d’une ville en proie au « désastre ». Omniprésente et pourtant rarement décrite en détails, elle vole la vedette au récit de Camille et du narrateur. Les dénominations importent peu, ce qui intéresse ici Emmanuel Villin, c’est de retranscrire une atmosphère, issue de son expérience personnelle de journaliste au Proche-Orient, de faire sentir au lecteur ce sentiment d’attente et de désœuvrement dans une ville détruite et qui peine à se reconstruire.

Elle me rebutait de plus en plus, me repoussait, me collait à la peau, comme une substance nocive dont je tentais de me débarrasser en me plongeant dans l’eau du bassin olympique autant que je m’y lavais de l’humiliation infligée jour après jour par Camille.

Le climat y est rude, la chaleur étouffante, des ruines post « événements » surplombent une mer sans issue. Du bruit il y en a dans cette « jungle urbaine » mais les conversations véritables se font rares. Le passé de la ville se dévoile avec pudeur au détour des récits de locaux qui se sont habitués à la présence du narrateur forcé lui de côtoyer de temps à autre des membres d’une intelligenstia qu’il n’apprécie guère. En ouvrant Sporting Club préparez vous à entrer dans une véritable faille temporelle qui vous emportera dans la ville de… A votre imagination !

Sonia

villinSporting Club, Emmanuel Villin, Asphalte éditions, septembre 2016, 137 p.

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