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Couverture rdu roman de Bibiana Candia "Azucre" publié aux éditions du Typhon en français

Azucre _ Bibiana Candia

On a parfois tendance à ignorer ou oublier la partie peu reluisante de l’histoire des Européens. Par là, non pas les horreurs ou les crimes etc mais simplement l’histoire “banale” des Européens. Le récit fictionnel ou documentaire de l’existence de la population européenne pauvre, laborieuse, sans terre, historiquement dotée de sa seule force de travail n’intéresse personne ou si peu de monde.

Dans Azucre, Bibiana Candia s’inspire d’un fait réel et historique. Il s’agit de la tragédie vécue par une poignée de Galiciens partis travailler à Cuba au milieu du XIXème siècle et trompés sur la nature de leur emploi. Avec Azucre, Bibiana Candia nous donne ainsi accès à une “anecdote” historique très éclairante sur la période. 

Ce court roman est une petite pépite de style, un petit bout d’archive et un hommage poétique aux émigrés/immigrés, parce qu’ils sont forcément les deux, à leur courage dans la misère et l’incertitude, à leur opiniâtreté et à leur envie de vivre et d’être libres.

Ecrire le corps des Galiciens meurtri par l’histoire

Azucre parle des Galiciens à l’époque où la Galice, un peu comme la Bretagne il y a un siècle encore, était une terre pauvre où l’on souffrait de la faim. La situation des Galiciens dépendait alors beaucoup de conditions « extérieures », économiques, climatiques, sanitaires et leur vie comptait peu.

Ces conditions de vie sont directement évoquées dans Azucre, décrites sans misérabilisme et sans pathos, mais avec le souci de transmettre le sentiment de fatalité que les Galiciens partageaient à l’époque. (alors que la peste sévit !)

Elle y parvient avec brio, et cela n’en est même pas désespérant, car ce côté “fatal” a quelque chose de beau. Il est beau grâce au fait que la “cause” des personnages finit par être entendue d’une part et d’autre part, parce que la “preuve” historique de l’existence de leur cause nous est parvenue à travers les archives à partir desquelles Bibiana Candia a construit son récit.

La fatalité et la dureté du vécu des personnages Oreste, Bigorne et José sont aussi transmises par l’incarnation des personnages qui est très poussée. Bibiana Candia dans Azucre, réussit à faire sentir combien les corps subissaient, combien les esprits aussi dans l’exact même temps, et combien ils étaient marqués par la violence de l’histoire.

A la lecture, l’on sent quelque chose d’assez nerveux, une tension qui reflète le contenu de l’histoire : la faim, l’attente, la maladie, le mal de mer et le travail forcé. L’on perçoit aussi le contraste entre la violence et le désir car tous ces corps sont tendus vers la destination finale, la terre promise qu’est Cuba.

Azucre ou le sucre : le lointain Cuba

Les Galiciens de Bibiana Candia partent à Cuba pour y travailler dans les cultures de canne à sucre aux côtés des esclaves. Toute cette histoire est intéressante pour différentes raisons, d’abord ce que cela apprend à certains qui, comme moi, n’avaient pas forcément connaissance de l’existence de vagues de travailleurs espagnols à cette époque et encore moins connaissance des conditions dans laquelle ils devaient faire la traversée de l’Atlantique. L’autrice s’est indubitablement documentée pour retranscrire l’enfer de ce voyage mais aussi pour témoigner d’autres aspects comme le poids de l’église sur les Galiciens dans les différents aspects de leur vie et jusque dans la cale du bateau.

A cela s’ajoute que Bibiana Candia nous incite, en partageant avec nous sa vision de la chose, à nous demander ce que ce devait être que de découvrir un nouveau pays, très lointain, différent en tout point, aux mœurs, aux couleurs et aux odeurs nouvelles. Cet exotisme extrême, alors que nous sommes saturés d’images de tous les coins de la planète, nous est inconnu et même difficilement imaginable. 

Enfin il est très appréciable d’avoir le fin mot de l’affaire et de pouvoir consulter les extraits des lettres envoyées depuis Cuba. Cela ajoute quelque chose à l’histoire d’Oreste Bigorne et José, la rendant plus tangible.

Pour conclure, l’on retiendra le style très efficace et reconnaissable de Bibiana Candia : la dimension orale et incantatoire, les répétitions bien dosées et la maîtrise des contrastes. Mais aussi l’intérêt évident et souligné par Bibiana Candia, que représente l’exploitation d’archives exceptionnelles ou irrégulières pour la fiction !

Couverture rdu roman de Bibiana Candia "Azucre" publié aux éditions du Typhon en françaisAzucre

Bibiana Candia

Les éditions du Typhon / Collection Après la tempête / 160 pages

Marisol

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