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Brian Evenson – Immobilité & L’Antre

Avec la fin de la collection Lot49 de Claro et Hofmarcher, il était à craindre de ne plus voir certains auteurs chez nous. Brian Evenson en faisait partie, cet écrivain au style particulier, gravitant quelque part entre la science fiction, l’horreur et le fantastique et ayant un style d’écriture qui n’épargne rien au lecteur. La tendance “post-Lot49” laissait à penser que pour les amateurs des œuvres de l’auteur, le sort en était jeté. Alors vous pouvez comprendre la surprise que fût la parution non pas d’un titre, mais de deux titres, chez deux éditeurs, et simultanément et ce début d’année 2023 !

Chez les éditions Rivages, avec une traduction proposée par Jonathan Baillehache, dans la toute nouvelle collection Imaginaire, dirigé par Valentin Baillehache, nous pouvons découvrir « Immobilité ». Publié initialement en 2012 en Amérique, nous suivons, dans un avenir trouble, post-apo, un certain Josef Horkaï, réveillé d’un long sommeil, paralysé des jambes et amnésique. Ce dernier est envoyé par ceux qui l’ont réveillé pour aller récupérer un objet précieux et le ramener, leurs avenirs en dépend. Chargé à dos de mule, comprendre ici des humains, un duo, le portant à tour de rôle, pour l’amener à destination et se sacrifier pour la cause. Car hors des lieux de vie enterrés et ressemblant à des bunkers, la surface, depuis le Kollaps, est pour eux invivable, mais par pour Josef.

Puis chez Quidam, avec la traduction de Stéphane Vanderhaeghe, nous pouvons découvrir l’histoire courte «  L’antre », qui fut initialement publié en 2016 en Amérique. L’Antre est un lieu sous terre, un lieu de vie, ou de survie. Dans l’Antre, il est seul, excepté une IA pour l’assister dans la gestion de l’antre et répondre à ses questions. “X”, notre protagoniste, ne voit plus personne depuis le départ de Wollen. En lui des yeux, plusieurs, qui guettent, lui parle. En lui vivent les anciens habitants de l’Antre, qui furent stockés dans son esprit. Ici, aussi, la surface est invivable, mais notre protagoniste va devoir s’y résoudre. Et puis… qui est ce mystérieux Horak ?

Cerise sur le gâteau les deux œuvres fonctionnent ensemble. L’Antre est la suite d’Immobilité. Pas une suite directe, nous comprenons qu’il s’est passé un temps entre les deux assez conséquent. Nous pouvons dès lors établir une sorte de chronologie, un peu tirée par les cheveux, qui laisse comprendre que des années après le fameux « Kollaps », alors que des castes se sont formés, et que l’humanité a drastiquement chuté, les événements d’Immobilité se déroule. Puis nous refaisons un bon minimum d’environ soixante-dix ans pour découvrir ce qui se déroule durant le récit de l’Antre. Mais ne comptez pas sur Brian Evenson pour tous vous expliquer. Vous devrez déduire et comprendre certains points, quand ces derniers ne sont pas pas révélé de manière cryptique et anecdotique par les protagonistes où l’IA. Qu’importe, ici ce qui compte ce ne sont pas les causes, mais seulement les conséquences.

En creux, dans Immobilité, et plus frontalement dans l’Antre, intervient une question, qu’est-ce que l’Humain, comment le définir ? Par sa biologie, ses aptitudes, sa culture, son langage, son esprit ? À partir de quel moment pouvons-nous considérer un bipède doué de parole et de réflexions humaines ?
Les événements des deux textes interviennent un peu comme une expérience de pensé , poussant sans cesse les curseurs vers les extrêmes pour tenter de nous apporter des éléments de réponse.

Mais n’oublions pas que nous sommes chez Brian Evenson, et tous comme ses précédents romans, l’auteur de par ses obsessions et son écriture, construit un univers grisâtre, presque opaque, suffocant. Un univers où la souffrance est palpable, ou l’interaction physique est avant tout et surtout une question d’endurance et de résignation. Le style Evenson c’est avant tout ce point là, nous faire ressentir notre condition humaine dans toute sa physicalité, dans toute sa noirceur et ses névroses.

Il y a un mouvement littéraire américain, évoluant dans les marges des genres. Des auteurs/rices proposant par le biais de la fiction une forme de constat d’échec de nos sociétés et leurs conséquences les plus sombres qu’elles peuvent nous proposer. Brian Evenson, au côté de Ben Marcus, Adam Novy, ou encore Tony Burgess, en fait parti. Et l’Antre, tout comme Immobilité, n’échappe pas à la règle. Qu’il s’agit-ce du « Kollaps », de la vision du monde ou encore de la condition humaine, ici, tout est la conséquence de nos sociétés actuelles et des névroses qui les habitent.

Brian Evenson est de retour, et c’est une excellente nouvelle. Quidam et Rivages tiennent très certainement deux titres majeurs de ce début d’année, deux textes intelligents, prenants et passionnants, qui ont bien plus à offrir qu’une simple variation autour de la thématique du « post-apocalypse ».

Immobilité,
Rivages Imaginaire,
Trad. Jonathan Baillehache,
270 pages.

 

 

 

L’Antre,
Quidam éditions,
Trad. Stéphane Vanderhaeghe,
120 pages.
Ted.

À propos Ted

Fondateur, Chroniqueur

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