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César Aira – Le président

Le dernier livre de César Aira traduit en français sous le titre Le président commence ainsi : « Cela n’arrivait pas que dans les contes orientaux. En plein occident, dans un pays aussi peu féru de magie et de mysticisme que l’Argentine, le Président sortait, la nuit, incognito, pour se mêler au peuple et palper en personne ses heurs et malheurs. ». Cette première phrase peut être prise comme un avertissement nous incitant à lire cette histoire d’un président marchant la nuit dans Buenos Aires non pas comme une énième fable politique, mais comme un véritable conte, un roman de l’imaginaire. L’écrivain argentin se place dans la littérature plutôt que dans des considérations politiques. Ce n’est pas étonnant pour un écrivain tel que César Aira qui travaille une œuvre importante subtilement onirique.

Le président se confronte à la réalité durant ses balades nocturnes où pourtant, il se retrouve bien seul. Il n’y a pas grand monde qui peuple sa vie. Hormis le petit Birrete, son ami d’enfance mort de démence et les deux femmes de sa vie Xenia et La Rabina, il n’y a pas de ministres, d’hommes d’affaires ni d’influents patrons. La lecture laisse penser que le président est plutôt une figure de substitution pour l’écrivain lui-même. Car ce que nous raconte César Aira se situe dans un imaginaire foisonnant ou Buenos Aires prend des allures de cités orientales avec ses bâtiments en forme de pyramide. Ce court roman de César Aira a bel et bien des allures de conte oriental.

C’est finalement au fur et à mesure des pages que l’histoire se complexifie et les balades nocturnes du président n’ont plus l’aspect débonnaire du début. Ce personnage mystérieux est préoccupé par une série de rapts et d’affaires personnelles dont il tente de se défaire. Derrière cette histoire, nous pourrions voir une allégorie de l’écriture du grand romancier argentin. En effet, César Aira parle ici bien plus du rapport entre le réel et l’irréel, comme le fossé qui se creuse inévitablement entre un président et son peuple. Et bien plus encore, ce qui s’éloigne encore plus d’un président est sa propre volonté et ses propres désirs. Il n’est décidément plus un enfant.

Malgré tout, dans Le président de César Aira se cache un rapport à l’enfance très profond. Ce que l’on sait de l’enfance du personnage est primordial pour la suite de la lecture. Ses envies d’aventures et son ami, le petit Birrete, qui le hante bien plus que lui-même ne peut le concevoir. Le style de César Aira réside dans son pouvoir d’illusionniste. L’écrivain ne fait pas de grandes phrases et ne cherche pas à briller par un style complexe. Il compose son récit de manière improvisé, le construisant tel un surréaliste qui cherche à sonder son inconscient. Ainsi, le roman de César Aira prend des allures d’introspection sur son rapport à sa condition d’écrivain d’un certain âge, facétieux et profondément libre.

 

Éditions Christian Bourgois

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Christilla Vasserot

128p

Adrien

 

À propos Adrien

Passionné de poésie contemporaine et attaché à l'écriture sous toutes ses formes, engagée ou novatrice.

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