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Dominique Quélen Quélen = enqulé

Dominique Quélen – quélen = enqulé

De quélen = enqulé de Dominique Quélen, il ne faut pas retenir ce titre outrancier et volontiers provocateur. Il faut le comprendre par la lecture des textes. En effet, si on lit la quatrième de couverture, l’ouvrage est présenté ainsi : « Les quatre textes qui composent ce livre sont quatre illustrations du titre » et plus loin est précisé que Dominique Quélen se consacre entièrement à l’écriture « qui consiste [pour lui] à fabriquer des poèmes mêlant contraintes formelles et dysfonctionnements du corps ». Les quatre textes sont beaucoup plus implicites que le titre. Ils expriment en sourdine une certaine violence du corps et de l’enfance.

Le premier texte de quélen = enqulé nous embarque directement dans la violence d’un père rouspétant contre son enfant et le frappant. Le deuxième est d’autant plus violent qu’il s’agit d’une vengeance vis-à-vis des parents morts en forme d’hommage au Pèse-nerfs d’Antonin Artaud. Les deux autres textes font directement référence aux corps, que ce soit dans un entrelacement incessant des membres d’un corps ou encore avec une partie de billes se comparant à la parole. L’ensemble peut paraître déroutant, car ce que nous lisons n’est que la surface visible du travail du poète. L’écriture est là pour masquer l’inexprimé voire même l’inexprimable.

Ce masque qu’est l’écriture de Dominique Quélen illustre pour autant une pratique particulière de la poésie. Habitué des contraintes formelles en tous genres, le poète s’illustre ici dans un exercice périlleux. Il démontre la violence corporel et ce qui triture le corps depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Ce quélen = enqulé est l’illustration d’une poésie construite plutôt pour creuser un questionnement que pour exprimer librement la réponse. Alors il ne faut pas croire que Dominique Quélen se livre à une auto-analyse ou un rabaissement de soi, malgré le titre et les facéties qui entourent ces quatre textes. Dominique Quélen écrit et le fait avec le plus grand sérieux et la plus grande abnégation. L’écriture chez lui possède la même rigueur qu’un enfant qui se concentre et se contorsionne en jouant aux billes.

Si le titre veut dire quelque chose, c’est sans doute cette déchirure que provoque l’écriture, ce qu’elle remet en jeu chez l’écrivain lui-même. quélen = enqulé est un travail en profondeur sur la pratique d’écriture qu’exerce Dominique Quélen depuis de nombreux livres. Ce jeu de contraintes va bien au-delà d’un amusement, il impose la cadence et incite l’écriture. On ressent ainsi que le poète ne peut exercer l’écriture que sous cette contrainte. Il y puise la capacité de dire quelque chose dans des livres ou dans des partitions. Ce qu’exprime quélen = enqulé est la grande violence de l’enfermement du corps et de l’enfance. Cet enfermement n’est finalement que l’écho de ces mots enfermés à l’intérieur de soi quand on pratique l’écriture.

 

Éditions Louise Bottuquélen = enqulé Dominique Quélen

94p

Adrien

 

 

Image du bandeau : Muhammad Hussam – unsplash

À propos Adrien

Passionné de poésie contemporaine et attaché à l'écriture sous toutes ses formes, engagée ou novatrice.

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