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Ecran Noir – Noël Balen

Chaque sujet possède sa Bible et, par extension, son encyclopédiste. Quand il s’agit d’aborder le jazz et le blues, le livre somme qu’il faut avoir dans sa bibliothèque s’appelle L’odyssée du jazz et l’encyclopédiste qui l’a écrite se nomme Noël Balen.

Ce livre là est un incontournable et je me revois, bien des années plus tôt, tournant les pages de l’œuvre, me familiarisant avec des noms jusqu’alors inconnus, avec des instruments dont je ne soupçonnais pas même l’existence, parcourant les époques et les genres, très nombreux, de cette musique protéiforme. Une histoire du jazz, et, en s’arrêtant sur les hommes qui l’ont faites, l’histoire des Etats-Unis, de l’abolition de l’esclavage jusqu’aux mouvements des droits civiques.

Bref, une Bible.

Et voici ce même Noël Balen, cette fois-ci écrivain de fiction, explorant d’autres facettes du jazz, à savoir sa représentation au cinéma. Jazz et cinéma, l’affiche est alléchante. Tout cela paru chez Marest, l’éditeur des passerelles entre littérature et cinéma – comme nous l’avait expliqué ici Pierre-Julien Marest, les fondateurs de la maison.

Nous voici plongés dans les turpitudes et vicissitudes d’un auteur à qui on commande le scénario d’un film mettant en scène Loretta McCullers, une chanteuse de jazz vivant tantôt dans la morne grisaille parisienne, tantôt le long de son Mississippi natal et inspirateur de ses meilleurs morceaux. Une sorte de biopic hagiographique à peine déguisé. L’écrivain accepte l’offre et se met au travail avec enthousiasme, ressortant de ses cartons tous les films où le jazz tient le premier rôle. Malheureusement pour lui, il s’engage là dans un traquenard, bringuebalé entre les désirs aussi stupides qu’improbables des deux producteurs magouilleurs qui lui ont commandé le scénario. Une sorte de swing involontaire et terriblement dangereux.

Finalement, l’intrigue de ce court roman délicieux est un prétexte à une évocation amoureuse et passionnée de tous ces films (pour la plupart noirs) sur le jazz. Et la passion est si bien transmise que l’on pose parfois le livre pour chercher les DVD d’Anatomie d’un meurtre de Preminger (et la musique de Duke Ellington qui accompagne le film sans jamais s’arrêter) ou de Autour de minuit de Bertrand Tavernier.

L’amour du jazz est communicatif, il est impossible de finir le livre sans avoir écouté Dexter Gordon ou Charles Mingus, Billie Holiday ou Bessie Smith. Histoire de nous immerger au plus profond du roman, et d’atteindre le cœur même du sujet : la grandeur et la flamme du jazz.

Finalement, la combinaison est parfaite : littérature noire (certains aspects du roman pourraient faire penser à un polar, notamment le portrait des deux producteurs véreux), musique jazz à chaque page (on tend l’oreille et on entend la trompette étouffée de Chet Baker et les envolées de saxophone de Johnny Hodges), cinéma (noir et blanc jusqu’aux tentatives en couleur de Spike Lee et Clint Eastwood), voix éternelles (Loretta McCullers semble se situer au croisement d’Ella Fitzgerald et Mahalia Jackson). Tous les ingrédients sont réunis pour apprécier cette petite friandise bebop.

Avec, en bonus, la recette du jambalaya, authentique plat Deep South, à déguster en écoutant Louis Armstrong et en parcourant à l’infini cet Ecran Noir profondément amoureux de son sujet.

Alexandre

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Ecran noir

Noël Balen

Marest éditeur

138 pages – 2018

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Alexandre
Chroniqueur

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