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Jeff Noon Un hommes d'ombres

Jeff Noon – Un homme d’ombres

Lire un roman de Jeff Noon est toujours une étrange expérience.
Auteur anglais de roman fantastique, Jeff Noon est un artiste touche-à-tout,

Dans son dernier roman, brillamment traduit par Marie Surgers et publié aux éditions La Volte, Jeff Noon nous entraîne dans une roman noir sacrément illuminé.

La ville de Soliade ne dort jamais. Ses habitants changent de chronologie et d’heure selon les envies et le contexte, se réglant sur les quelques 20 millions d’horloges qui égayent les rues et les immeubles. Cherchant par tout les moyens à repousser chaque zones d’ombres, Soliade vit sous une voûte artificielle étincelante, un faux ciel de pure lumière, décoré de multiples ampoules et néons multicolores.
Mais cette ville de temps et de lumière n’est pas sans danger. De nombreuses personnes se perdent dans les trop abondantes chronologies (officielles ou marginales) disponibles, et sombrent dans la chronostase, cet état où rien ne se passe jamais.
Au sud se trouve Nocturna, le secteur des ténèbres et du silence. Certains s’y réfugient ponctuellement pour se reposer de Soliade, alors que d’autres s’y terrent loin de toutes lumières.
Entre les deux se trouve la Brume, le secteur Zéro, peuplé de monstres et d’illusions fantomatiques. Un no man’s land hanté, peuplé par des fous solitaires et des sectes dangereuses.

« Vous les voyez ? Les fils ? »

Il hocha la tête.

« Un, deux, trois . » Elle les désigna tour à tour. « Vous savez ce qu’elles signifient, ces connexions ? Non ? C’est la sainte trinité. Tachez de suivre. Le neutre, ici, c’est le père, le cercle qui revient toujours sur lui-même. La terre, là, c’est naturellement le fils, l’esprit fait chair, envoyé sur terre par le ciel, pour ainsi dire. Vous comprenez ?
– Je ne…
– Et là, le câble sous tension ? Facile.
– Facile ?
– Bien sur ! Le câble sous tension c’est le Saint-Esprit, l’énergie qui conduit à la gloire de l’existence. »
Nyquist était perdu. «  Que voulez-vous dire ? Je ne comprends pas.
– Je vous montre la voie, la voie de la lumière. »

John Nyquist est détective privé. Il sillonne Soliade, et parfois Nocturna au gré de ses enquêtes, sautant de chronologies en chronologies. Cette fois, c’est un riche industriel qui le missionne pour retrouver sa fille, Eleanor. Mais l’enquête s’avère être bien plus complexe et obsédante que prévu, et le ramène sans arrêt à la perte de ses propres parents. John Nyquist va devoir plonger dans les bas-fonds de Soliade, se confronter à une nouvelle drogue qui exalte la perception du temps, et se sortir de situations périlleuses voire mortelles.

Comme tout roman noir qui se respecte, l’enquêteur John Nyquist lutte avec ses démons. Au bord de la chronostase, ou de la folie, il doit conjuguer avec ses obsessions, ses problèmes récurrent d’argent et son besoin régulier de rasade de whisky.
Mais « Un homme d’ombre » est écrit par Jeff Noon, et déborde donc allègrement des frontières du genre, pour verser au fil de la lecture dans le fantastique et l’étrange. Soliade, ville imaginaire, véritable terrain de jeu pour le personnage et l’écrivain, rappelle le « Londres d’en bas » de Neil Gaiman dans Neverwhere, ou la ville de China Mieville dans The City and the city. Et comme dans les textes de Mieville ou Gaiman, le fantastique permet de faire passer au gré de la fiction un message politique sur la société contemporaine. Si dormir est un temps mort pour la production ou la consommation de biens, alors une ville qui ne dort jamais est un paradis du capitalisme, et Soliade y ressemble fort.

Ville de jeux, de lumières et de fêtes mais aussi de misère sociale et de solitude, Soliade pourrait être vue comme une extrapolation pas si lointaine des mégalopoles déjà existante.

Dans les rues, le festival du Dieu Soleil battait son plein. Dans le quartier de Fièvre brillait la lumière d’un zénith gelé, créant un mirage qui emplissait avenues et boulevards de silhouettes fantomatiques tremblantes. Les derniers tubes du jours déferlaient des portes et des fenêtres ouvertes en vagues de chaleur retentissantes. Hommes, femmes et enfants étaient déguisés en Apollon, Hélios, Hypérion, Chronos, Eos, et tout les divinités du soleil et de la lumière, parfois inventés pour l’occasion. Les gens se prosternaient devant un immense globe suspendu, qui émettait une puissante lumière orange. La congrégation levait les mains pour implorer ce soleil artificiel.
Devantures, échoppes, kiosques, bureaux, tours, églises et grands magasins arboraient tous une horloge éclairée de mille feux pour l’occasion, et qui toutes affichaient une heure différente. Les passant défilaient sous ces décorations et réglaient leur montre à chaque nouvelle chronologie, riant de leur audace.

Un homme d’ombres,
Jeff Noon,
Traduction de Marie Surgers,
Ed. La volte,
416 p.

À propos Paco

Chroniqueur

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