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John Herdman – La Confession

Un auteur aimanté à la thématique de la dualité, un titre, “La confession”, qu’on balaie vite et à tort, oubliant la notion même de pêché à ses arrières et une introduction qui annonce dès le pas de la porte une exploration dans les souterrains de l’âme. John Herdman écrit là un roman-valise, un brin pervers et labyrinthique, jusqu’aux points de vue de narrations. L’ouvrir, c’est se laisser abuser par l’effet hypnotique des pages, plonger dans un univers sombrement fantastique rappelant l’ambiance des contes d’Edgar Poe et tenter de se repérer dans des méandres psychologiques à la Dr Jekyll et Mister Hyde.

Un étrange livre comme une partition aux arrangements multiples, totalement maitrisés par l’auteur.

Léonard Balmain est un écrivain fauché. Par dépit, il répond à une annonce pour écrire anonymement la biographie d’un dénommé Torquil Tod, personnage intriguant et érudit. L’échange entre les deux hommes est subtil, la connexion, fragile. L’écrivain reçoit les informations d’une vie trépidante sans en palper le pouls et l’émotion. Au récit factuel et avec l’accord de Torquil, il décide rapidement  de joindre la fiction pour enrichir, par son ressenti, des confidences de plus en plus tortueuses.

Vous avez absolument raison, vous savez. Il y a en moi un double mouvement : je veux à la fois révéler et dissimuler. Révéler et, à travers vous, révéler à – qui sait ? Et dissimuler – à moi-même. Mais si je me dissimule des choses, il m’est impossible de vous les révéler. Que faire, alors ?

Torquil Tod est un homme vif, curieux mais hanté, « parfois, aux limites de la psychose » raconte-t-il lui-même. Le début de sa vie d’homme parait simple, pas franchement heureux, mais simple. Pourtant, des obsessions revenues de l’enfance l’interrogent sur son moi profond et ce « quelque chose de sale » qui semble y habiter. Il rencontre une femme au mystère envoutant, Abigail, qu’il suspecte de manipulation à son égard. Cette sensation de capture génère bientôt une dépendance mutuelle et une intimité troublante entre les deux amants. Leur union, qu’on pourra qualifier de diabolique, les mène tous deux à des expériences ésotériques sur fond d’idéaux New Age et de prophéties apocalyptiques. Isolés et livrés à eux-mêmes, leurs obsessions s’affranchissent de tout filtre. Sorcellerie, millénarisme, mysticisme, cérémonies fanatiques, le récit plonge dans un univers de plus en plus glauque, jusqu’à basculer dans l’abominable.

Là où auparavant Torquil avait joué le rôle  subalterne, à être métaphoriquement capturé et, peut-être, comme il se le disait parfois, même au sens littéral, ensorcelé par la personnalité d’Abigail, prédominait désormais quelque chose qui tenait davantage d’une égalité des forces. En sachant que toute l’information dont je dispose quant à cette histoire dans son ensemble passe par le filtre de la conscience de Torquil, il est plus difficile que l’on pourrait le supposer au premier abord de déterminer qui a été, globalement, le partenaire dominant. Il existe un phénomène psychologique,  bien documenté, connu sous le nom de “folie à deux”, dans lequel deux personnes – souvent des amants ou des conjoints – vivant souvent isolés du reste de la société, finissent par partager la même folie en se contaminant l’un l’autre.

Torquil Tod exerce une fascination sur l’écrivain qui trouve en lui son opposé. Léonard Balmain existe discrètement, sans lumière ni reconnaissance, tandis que la vie de Torquil Tod est boulimique, affirmée à l’excès. Lorsque la Confession est prononcée, crue et sans accompagnement, Léonard Balmain s’inquiète d’en être le confesseur. Il en sait trop. L’admiration se transforme en paranoïa. L’histoire bascule et avec elle, encore une fois, le système de narration. Mais c’est impossible d’en dévoiler davantage sans gâcher l’effet de surprise (et la tension psychologique) de ces pages.

La nébuleuse de départ, qui se précise doucement en se rapprochant de la page 184, dévoile des angles tranchants. Le labyrinthe du récit est tracé au cutter, des lignes faussement floues que le regard du lecteur ne voit nettement qu’à la fin du livre. Mais ce serait encore trop classique, pour l’auteur écossais John Herdman. Alors il ajoute une strate aux précédentes, juste à la fin du livre et laisse aux lecteurs l’embarras (savoureux) d’en extraire leurs propres conclusions.

La Confession
John Herdman
Quidam Editeur, 2017
184 pages

Kattalin

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Kattalin
Chroniqueuse

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