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Julien Heylbroeck – Lazaret 44

Julien Heylbroeck est un auteur français ayant commencé l’écriture en tant que rôliste. Depuis 2011, où il passa le cap de la fiction littéraire, l’auteur a écrit une dizaine de romans et une trentaine de nouvelles. Ayant une passion pour les séries B ou Z, Julien Heylbroeck s’aventure dans la littérature de genre et convoque des figures issues du gore, du body horror, de la SF ou encore du polar. Il est l’auteur des romans « pulp » Green Tiburon ou encore El Hijo del Hierofante.

Dans Lazaret 44, nous partons à la découverte de la ville Karkasstad. Une cité industrielle qui s’est implantée et a prospéré dans le cadavre d’un titan cosmique venu s’écraser sur une planète. Karkasstad a su bâtir son empire à partir des ressources que proposait les reste du titan. Ville minière, ville alchimique, mais également ville touchée par un certain nombre de maladies et de déformations qu’on apporté la décompostion de ce cadavre gargantuesque. Nous suivons Knaagider, un mire, étant venu pour enquêter sur cette étrange maladie qui ronge la population, les transformants en sanglotar puis en boursouflé. Mais pas que, il est aussi sur les trace de son ancien amour ayant mystérieusement disparue dans le centre de détention des contaminés : Lazaret 44.

En parallèle, nous assistons aux luttes des classes entre ouvriers et politiques, entre militants et représentant de la loi, et accompagnons un pauvre malheureux contaminé ayant fui la ville pour tenter de survivre, découvrant, par chance, une communauté en dehors de la ville, vouant un culte à l’ancien titan. Dans cette galerie d’histoires, un but se dessine et les destins se croisent pour le meilleur et pour le pire.

Un des personnages, le plus discret mais omniprésent de ce récit est la ville. Que l’on devine par petites touches. Karkasstad semble organique, éphémère, mouvante s’apparentant presque à une nécropole en devenir avec ce cadavre titanesque cerclant ce lieu de survie plus que de vie.

On peut forcément s’interroger sur le sens d’un lieu commun ainsi développé, au-delà de la simple prétention esthétique, mais ce serait oublier notre culture et histoire sociale mondiale et occidentale en particulier. Car Karkasstad c’est Leningrad, c’est Paris des communards, c’est le Boston et les five points new-yorkais des ouvriers regardant le ciel depuis la fange. Et l’habileté de l’auteur réside dans sa puissance symbolique, plus vous faites partie de l’élite plus vous êtes proche du crâne du monstre cosmique, et à contrario, plus vous êtes pauvre plus vous êtes proche des la pourriture, des excréments et des maladies. Des maladies renvoyant elles aussi aux grandes épidémies européennes et mondiales qui ont elles aussi mis, en leur temps, en exergue le rapport entre mortalité et pauvreté.

S’ancrant sciemment dans le roman social, nous pouvons deviner des accointances avec Zola ou Hugo, mais aussi avec des américains comme Upton Sinclair ou Dos Passos qui ont largement documenté les combats de société du début du vingtième siècle. Et puis on devine par les figures de certains personnages des résonances avec ” un pays à l’aube de Lehane, qui lui aussi, par le truchement d’un fait historique, entrait en écho avec les malaises sociétal de notre époque et cette sensation que l’histoire ne fait que de se répéter.

Lazaret 44 n’en n’oublie pas pour autant son ambition science fictive, ainsi en plantant son décor dans une carcasse géante, sur une planète lointaine, il impose aussi les codes du “planet opera”, même par petite touche du space opera. Ici, la démesure est au rendez-vous, et l’auteur n’oublie jamais de nous faire voyager dans un univers alternatif avec des codes propres à son monde venant remplacer les codes de notre réalité. Ici, l’alchimie a remplacé la science, l’organique a surpassé le mécanique, et même les vaisseaux sont des espèce d’énorme entité de chair que l’on nomme Golem.

Dans ce roman choral à l’ambition folle et à la démesure aussi titanesque que son cadavre-ville, l’auteur a su développer un univers complet et complexe, ou tout est pensé et réfléchit, ou chaque élément à un sens, un contexte, une histoire, ici le roman semble total, animé par sa propre volonté.

Lazaret 44 est une réussite, une merveille de la littérature de genre française brassant énormément d’idées mais toujours au service d’une histoire parfaitement maîtrisée soutenu par une écriture élégante offrant des passage de littérature folle. C’est fin, intelligent, puissant…

Les moutons électriques,
La bibliothèque Voltaïque,
464 pages,
Ted.

À propos Ted

Fondateur, Chroniqueur

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