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LA FILLE DANS LA TOUR KATHERINE ARDEN DENOEL

Katherine Arden – La Fille dans la tour

Avec la Fille dans la tour, deuxième tome de la Trilogie d’une nuit d’Hiver, Katherine Arden nous emporte à nouveau dans la magie des contes Russes. Nous y retrouvons Vassilissa, jeune héroïne en quête de liberté, à l’endroit où nous l’avions laissée, au cœur de la forêt, en plein hiver. Contre toute attente, elle décide de ne pas retrouver la maison familiale, où l’attendent ses frères et sœurs.

Malgré le danger et l’incertitude, malgré l’avis même du roi de l’Hiver, Morozko, elle part, chevauchant Soloveï, son fidèle cheval magique. Défiant le froid, la peur et la faim, elle se lance résolument vers l’inconnu.

Le petit bois avait fini par prendre ; des flammes s’étaient bientôt élevées. Lorsqu’elle s’était enfoncée dans son abri nouvellement creusé, elle l’avait trouvé froid, mais supportable. De l’eau bouillie avec des aiguilles de sapin l’avait réchauffée ; du pain noir accompagné de fromage durci avait apaisé sa faim. Elle s’était brûlé les doigts et avait calciné son dîner, mais elle l’avait fait, et elle était fière.

Heureusement, les tchiorti, les esprits du folklore Russe, se révéleront souvent à elle pour la guider à leur façon ou l’avertir du danger, et seront d’une aide précieuse. Tout comme le premier volume de la trilogie, la Fille dans la tour se construit comme un conte, avec ses énigmes et ses épreuves, et fait la part belle au fantastique.

Son éprouvant périple amènera Vassia à retrouver ses frères et sœurs aînés, partis dix ans plus tôt du foyer paternel. Sacha, qui a suivi sa vocation en se faisant moine est devenu un personnage important à Moscou. Non seulement religieux, il est aussi un valeureux guerrier et un proche conseiller du grand-prince Dimitri. Olga, quant à elle, est devenue princesse. Elle attend son troisième enfant et, comme il est exigé des femmes de son rang, vit presque recluse dans une tour de son palais.

Malheureusement, Vassilissa est précédée à Moscou par sa réputation de sorcière. Elle réussit un temps à se faire passer pour un homme, ce qui lui permet de goûter pleinement à la liberté à laquelle est aspire. Aux côtés de son frère et du grand-prince, leur cousin, en cavalière hors pair, elle participera à mettre en déroute des brigands Tatars qui sèment la désolation dans les villages alentour. Elle se trouvera également au cœur d’intrigues politiques qu’elle aidera à résoudre.

Pourtant, elle sera démasquée, reniée par les siens et traitée en sorcière. Rien de ce qu’elle a accompli sous l’identité de Vassili ne compte désormais. Dans la dernière partie du livre, éminemment épique, dans un tourbillon d’événements surnaturels et fantastiques, Vassilissa devra surmonter les épreuves imposées par les hommes. Elle devra aussi percer le secret de Morozko, Roi de l’Hiver et de la Mort, découvrir qui est le fantôme de la tour et démasquer les véritables intentions de Kassian Lutovitch, flamboyant seigneur monté sur une énigmatique jument dorée.

Tout comme l’Ours et le Rossignol, la Fille dans la tour met à l’honneur le folklore Russe. Katherine Arden tient également à placer l’histoire de Vassilissa dans un décor historique le plus précis et exact possible. Figures historiques du XIVe siècle et personnages imaginés se côtoient donc dans le roman sans aucune difficulté. De la même façon, des événements avérés s’entrecroisent avec les aventures de Vassilissa. Par ailleurs, la mentalité de la Rus’ médiévale, à mi-chemin entre folklore païen et croyances chrétiennes, est admirablement retranscrite. Le point culminant de l’intrigue coïncide d’ailleurs avec la fête de Maslénitsa, célébration de la fin de l’hiver et du retour du soleil.

Maslénitsa était une célébration du soleil qui durait trois jours, l’une des fêtes les plus anciennes de la Moscovie. Elle était bien plus ancienne que les cloches et les croix qui accompagnaient son déroulement, même si on l’avait parée des atours de la religion pour dissimuler son âme païenne.

Vassilissa à elle seule illustre cet état d’esprit spirituel. Elle accepte et cultive son don de clairvoyance, prend conseil auprès des tchiorti et leur fait des offrandes, tout en croyant au dieu chrétien.

La Fille dans la tour est enfin un récit féministe et Katherine Arden nous offre, avec Vassilissa, une réelle figure d’émancipation. Tout ce qu’elle réussit à accomplir, et qui lui vaudra le surnom de Vassili le Brave, elle doit le faire déguisée en homme. Se dessine alors en creux tout ce qu’on ne l’aurait pas laissé faire en tant que femme, et tous les talents qu’on ne lui aurait pas reconnus. Le contraste est encore plus saisissant quand on considère l’existence réduite d’Olga.

Une fois encore, Vassilissa a surmonté bien des épreuves. Elle a su échapper à l’existence qu’on cherchait à lui imposer et elle s’apprête à reprendre la route, toujours décidée à découvrir le monde. Mais peut-être oublie-t-elle un peu vite la sombre prophétie attachée à son destin. Sans compter qu’elle aura désormais la charge de sa nièce Maria, clairvoyante comme elle. Une petite sorcière mais future princesse, qu’il vaut sans doute mieux éloigner de Moscou au plus vite.

LA FILLE DANS LA TOUR KATHERINE ARDEN DENOEL

Paru aux éditions Denoël en août 2019 dans la collection Lunes d’encre.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jacques Collin.

416 pages.

amélie

À propos Amélie

Bibliophage et souris de bibliothèque depuis 1989.

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