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Oran Pamuk – Les nuits de la peste

Les Nuits de la Peste se déroulent de jour sur 4 générations et racontent l’histoire d’une île sous emprise ottomane devenue une nation indépendante : Mingher.

Le roman se présente comme l’œuvre de l’arrière- petite-fille de la princesse Pakize, fille de sultan déchue, mariée à un épidémiologiste. Au début du roman nous suivons ce couple mandaté en Chine, soudainement prisonnier des circonstances, du sultan Abdülhamid et de l’ile de Mingher dans laquelle sévit une peste redoutable en cette année 1901.

Pour endiguer ce mal qui fait dire aux puissances occidentales que l’empire ottoman est “l’homme malade de l’Europe”  le sultan à envoyé ces deux meilleurs médecins sanitaires, Bonkowski Pacha et son assistant Elias. Tous les deux vont être rapidement assassinés dans des circonstances mystérieuses.

Commencent alors une intrigue complexe, mi roman policier, mi-documentaire historique qui voit s’affronter dans l’ombre des forces aux intérêts parfois divergents, parfois concomitants mais qui toujours, pour arriver à leur fins, détournent les faits, mentent pour dire vrai et jouent souvent double voire triple jeu pour maintenir un semblant de stabilité dans une confusion croissante au nom d’entités souvent absentes…

Ainsi, par un jeu de reconstitutions, de caractères empruntés et d’analogies, s’entrelacent, par petites touches, (dans ce qui s’apparente à la grande fresque murale d’un musée national) trajectoires individuelles, Histoire (pseudo)documentée et récit fictionnel.

Cette île imaginaire devient alors le miroir des soubresauts qui agitent l’empire ottoman et annoncent son démantèlement tout proche. Mais elle est aussi pour le lecteur “occidental” une maquette pédagogique: la fiction d’Oran Pamuk déploie la complexité des liens entre religions et attachements identitaire qui font le cœur et l’esprit de la méditerranée orientale. Musulmans, chrétiens, grecs, turcs et mingheriens, autant de coutumes, de croyances et de revendications qui feront de cette petite île l’avatar fictionnel d’un territoire qui s’émancipe du joug ottoman dans la confusion, l’incohérence et le hasard des jours pestilentiels. L’Histoire est en marche.

Dans un premier moment on se dit que c’est l’Air du Temps qu’O Pamuk invite à sentir. Puis, plus on s’avance dans cette écriture faite de sautes, d’incises, de recoupements, de disgressions soudaines, on se dit qu’en réalité O Pamuk dépeint l’histoire de la Turquie. Sans fards, lucidement mais empli d’un attachement inconditionnel pour son pays et surtout pour Istanbul et ses habitants à qui le double fictionnel d’Arkaz fait furieusement penser.

Ainsi, par un jeu subtil de miroir et de reflets, d’allers et de retours, entre destin de personnage et grande histoire un sentiment se déplie, à la manière des mini origamis d’E.Cliquet. Celui de “l’esprit d’une nation”, appelée Mingher, empêtrée dans ses contradictions, en lutte perpétuelle, tiraillée entre séculier et religieux, croyances et raison d’état, idéalisme et realpolitik, fonctionnaires et cheiks mais fière de son histoire, de sa culture, de l’immense beauté de ses paysages et qui, de génération en génération transmet petite et grande histoires pour espérer toujours que le changement soit possible.

Gallimard
Du monde entier.
Trad. Julien Lapeyre de Cabanes.
688 pages.
Lisa

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