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Michael Cisco – Le Narrateur

The Narrator est un roman de Michael Cisco, publié en 2010.

Low est un étudiant à l’école des Narrateurs. Alors que la guerre se prépare, il est conseillé aux étudiants de se faire dispenser. Comme tous ses camarades, Low remplit un dossier pour expliquer qu’il n’est pas apte à partir à la guerre. Quelle est sa surprise alors lorsqu’il reçoit, quelques semaines plus tard, un papier lui indiquant le lieu de ralliement de son bataillon…

La situation spatio-temporelle du roman est volontairement étrange. Michael Cisco décrit son roman comme de la fantasy mais ne vous attendez pas à voir du Lance-Dragon : ni elfes, ni nains, mais des Alaks et des Edeks… Un changement très rafraîchissant qui vous réconciliera peut-être avec la fantasy.

L’histoire se déroule dans une sorte d’Europe imaginaire (Michael Cisco est américain) tout à fait splendide. Imaginez l’une de ces grandes villes terrifiantes que Lovecraft décrit dans ses oeuvres. C’est dans cette veine mais vu de l’intérieur, par un narrateur qui n’éprouve pas la peur des narrateurs de Lovecraft.

Les personnages rencontrés par Low sont tout aussi uniques. A partir du cliché du mage, Michael Cisco créée un prêtre de la mort (ça sonne tout de même mieux en anglais) alcoolique et jovial, Jil Punkinflake, et à partir de la jolie guerrière, il crée Saskia, fraîchement recrutée d’un institut psychiatrique. Ces personnages sont non seulement uniques mais en plus, ils subissent chacun une évolution intéressante : Jil devient une sorte de guerrier agressif et Saskia doit apprendre à faire face à sa féminité.

On retrouve, certes, quelques situations prévisibles pour un roman sur la guerre écrit du point de vue d’un pacifiste. L’ennemi n’est pas la personne que vous croyez être l’ennemi. Mais pour tous ces moments, Michael Cisco révèle une dizaine d’originalités. Les batailles sont entièrement décrites du point de vue de Low qui ne voit pas en elles d’épiques combats vers la gloire mais un désordre horrible et sanglant. Il s’agit plus de Fabrice dans La Chartreuse de Parme et de Bilbo dans le livre de Tolkien que des passages glorieux que l’on peut voir dans la fantasy habituellement.

Rien dans le roman ne ressemble à ce que vous avez déjà lu. Michael Cisco se décrit lui-même comme quelqu’un qui n’a pas de genre. Ici, sa position se reflète surtout par le nombre sidérant de genres se rencontrant dans le roman. La fantasy a déjà été évoquée, l’étrange également mais on retrouve de nombreuses techniques du surréalisme. Tout au long du roman, le lecteur a l’impression de progresser dans un rêve. Comme vous avez pu le remarquer, le roman est extrêmement méta-littéraire. Le personnage principal est le narrateur puisque le roman est à la première personne, mais est aussi Le Narrateur. Ce qui mène à se poser de nombreuses questions sur l’objectivité du narrateur. c’est, en soi, assez amusant d’avoir à taire certains détails sur la situation narrative pour ne pas vous révéler toute l’intrigue mais cette situation-même est assez éclairante. Si vous avez déjà étudié la grammaire ou la linguistique, préparez-vous à revivre vos cours : l’ennemi s’appelle le Prédicat.

Même si l’intrigue est passionnante en elle-même, pour apprécier tout le potentiel de la lecture, il faut garder l’esprit ouvert à toutes les références. Michael Cisco est un professeur de lettres et un traducteur : sa culture littéraire est immense et il l’utilise en la renouvelant, l’actualisant au monde qu’il crée.

Il fait référence à Kafka avec un tableau de l’administration académique et militaire qui vous fera frissonner, surtout si vous êtes allés à la fac en France. Comme je l’ai déjà évoqué, il fait référence à Tolkien et à la tradition de la fantasy. Il fait également référence à Lovecraft avec ce monde à moitié révélé et terrifiant. Michael Cisco a également révélé qu’il était un grand admirateur de Proust (tout ce que j’entends est : « cet auteur est parfait ») et je pense qu’on peut retrouver les pensées sur la guerre dans Le Temps Retrouvé dans Le Narrateur. Sans vouloir trop tirer l’analyse par les cheveux, l’intrigue, du moins au début, rappelle celle d’Hair de Milos Forman.

Michael Cisco est un romancier très cultivé et extrêmement intelligent. La lecture n’est pas évidente, d’autant plus que je ne pense pas qu’il y ait de traduction en français pour le moment. Cependant, je ne peux que vous conseiller ce roman de tout mon coeur.

Je voudrais juste rajouter une note : l’image à la une est une création de Vonn Stropp, tout comme la couverture du roman. Encore un artiste génial à découvrir.

 Unknown

 306 pages

 Civil Coping Mechanisms

Anne-Victoire

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Anne-Victoire
Chroniqueuse

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