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Steven Erikson – Les jardins de la lune

Steven Erikson commence à bien faire parler de lui depuis que les éditions Leha ont décidé de se lancer dans l’aventure en éditant l’intégral du Livre des Martyrs. Cette Décalogie de Fantasy autant gargantuesque que labyrinthique fut par le passé un casse-tête éditorial à deux reprises en France.

Le premier tome, que nous découvrons ici dans son édition de poche, fut écrit au début des années quatre-vingt-dix, puis remanié plusieurs fois durant cette même décennie pour enfin être publié au Canada et aux Royaume Unis. L’année suivante, le roman fut nommé au World Fantasy Award comme meilleur roman de fantasy de l’année.

En France, il connut un parcours plus tortueux, publié une première fois par Buchet Chastel, sous le titre « Le Livre Malazéen des glorieux défunts », puis par Calmann-Levy, autant dire des éditeurs peu coutumiers du genre, la décalogie fut très vite abandonnée. Il faudra encore attendre, jusqu’en 2018, et les éditions LEHA, pour enfin découvrir l’œuvre dans son intégralité. En effet l’éditeur s’étant engagé à sortir deux tomes par an pour offrir aux lecteurs la possibilité de connaître enfin cette série tant plébiscité chez les anglo-saxons.

En ce début d’année 2022, les éditions du Livre de poches se lancent également dans l’aventure en sortant le premier tome en format poche, un pari qui, espérons-le, rencontrera le succès et permettra d’agrandir la communauté de fan de l’auteur et de son univers.

Il faut savoir que la série fut pensée au long-court, proposant un univers dense et complet, l’auteur développa l’univers et le folklore du livre des martyrs en collaboration avec Ian Cameron Esslemont, offrant quant à lui, un second point de vu de cet univers. Et en guise de préambule, nous ne pouvons que saluer l’audace du projet.

Le livre des Martyrs, Le Jardins des Lunes, prend place sur les terres de Genabackis, situé entre les mers de rouille et de Méningalle. Suivant l’expension de l’empire Malazéen, sous le règne de l’impératrice Laseen tentant d’asseoir sa domination en essayant de faire tomber les deux derniers bastions notables, à savoir Pale et Darhujistan. Nous suivons son armée de soldats, ses mages dans cette bataille s’opposant à d’autres factions, notamment non-humaine et possédant un étrange château flottant dans le ciel. Mais l’impératrice fait également douter certains de ses loyaux dévoués et des trahisons se trament.

C’est ainsi que démarre l’histoire du livre des martyrs et je reste volontairement nébuleux, car une difficulté s’est imposé d’emblée. L’auteur veut vous perdre. Vous submergeant d’informations, de noms de lieux, de termes, de régiments, vous êtes littéralement noyé dans ce « Lore », et à vous de vous débrouiller. Là où certains lecteurs abandonneront, les autres finiront par assembler le tout et trouver la dynamique, le rythme de l’auteur et entrer dans son univers. Car ici, en guise d’introduction l’auteur à voulu nous faire vivre le siège, la déroute, les doutes, les peurs et les questionnements, il a voulu avant que l’on ne comprenne l’ensemble, que nous commençions par sentir ce que les personnages sentent. Ici, beaucoup de choses se passent avant tout dans le ressenti et l’intuition et souvent se concrétise par la suite.

Alors lecteur, il faut s’accrocher, il faut oser, car la récompense est là, et c’est ainsi que vous pénétrerez dans l’univers du Livre des martyrs et partirez dans un périple sans commune mesure s’étalant sur plusieurs milliers de pages.

On peut reprocher l’apparente difficulté d’immersion, mais force est de reconnaître la cohérence, la densité et la dynamique d’ensemble de son univers. Ici, tout fini par fonctionner ensemble, se répondre, s’emboîter et créer une machine monstrueusement ingénieuse pour offrir au lecteur un récit d’une très grande force.

L’univers de prime abord complexe, l’écriture et le rythme son parfaitement soigné, permettant ainsi une immersion totale et d’offrir un ancrage fort pour se plonger dedans. L’écriture est simple, privilégie les dialogues ainsi que les descriptions courtes et nerveuses, le rythme ne se relâche jamais totalement, offrant que très peu de temps morts durant la lecture du premier tome.

Les jardins de la lune est une entrée en matière qui peut paraître ardue et en rebutera certainement quelques-uns, mais si vous vous accrochez, il y a fort à parier que vous finirez par ne plus le lâcher. Un livre qui demande du courage, mais qui sait récompenser ses lecteurs.

Le livre de poche,
Trad.Emmanuel Chastellière,
1024 pages,
Ted.

À propos Ted

Fondateur, Chroniqueur

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