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Fragments d'un monde en ruine Thomas King

Thomas King – Fragments d’un monde en ruine

Avec Fragments d’un monde en ruine, l’écrivain canadien autochtone Thomas King propose des poèmes où se transmet sa vision politique, ironique et résolument attachante sur notre époque. Cette grande figure de la défense des peuples amérindiens se met à la poésie pour y disséminer son combat contre des états et des multinationales préférant le profit et la guerre à un rapport à la terre pacifié et harmonique. Thomas King écrit en 77 fragments ce qui lui tient à cœur, avec un savant mélange d’ironie et de candeur. Il décrit ce monde en ruine avec autant de colère que de moquerie, depuis son point de vue d’autochtone, d’une culture que les puissants ont toujours voulu saborder et réduire au silence.

Mais la voix de Thomas King est forte, douce et sensibilise les lecteurices qui y trouveront les ressources nécessaires pour repenser leur altérité. Fragments d’un monde en ruine est un autoportrait en creux, hommage aux pairs et à la mère de l’auteur. On y retrouve autant de références au monde capitaliste qu’à la mythologie amérindienne. Les personnages croisés sont souvent des animaux, sans pour autant faire perdre de crédibilité au discours férocement engagé que l’on peut comprendre facilement. L’apparent morcellement de ce recueil n’est là que pour faire un parallèle avec l’état du monde, éclaté en mille morceaux dont les plus riches ont vite récupérés les parts les plus fructueuses.

Ce que Thomas King nous dit avec cette poésie est simple. Il nous fait réaliser l’ampleur du saccage effectué par le colonialisme puis le capitalisme. L’écrivain tente alors de reconstruire un monde accueillant avec un humour salvateur qui rendra la lecture de ces 77 fragments ludique et joyeuse, à l’image de cette adresse aux lecteurices dans le poème numéroté 45. Il n’y a dans cette poésie aucune raison de s’apitoyer, de se lamenter du péril, car la voix forte de Thomas King y résonne et incite à découvrir davantage la voix des autochtones du Canada et des États-Unis.

Au-delà, Fragments d’un monde en ruine doit être le début d’une série de lecture permettant de voir le monde différemment, sous l’angle des personnes opprimés, sans commisération, mais en comprenant que leurs voix valent plus que celle des puissants, qui s’accaparent les terres, préfèrant le profit à la qualité des rapports entre la terre et les êtres vivants. Thomas King représente, au-delà de sa défense des peuples autochtones, un gardien nous guidant vers celleux qui depuis longtemps pensent différemment le monde. Espérons que sa voix engrange d’autres voix, incite les personnes silencieuses à ouvrir d’autres chemins où le monde pourrait se diriger avec plus de douceur et de sérénité.

 

Mémoire d’encrierFragments d'un monde en ruine Thomas King

traduit de l’anglais (Canada) par Jonathan Lamy

112p

Adrien

 

 

Bandeau : © Boston Public Library Unsplash

À propos Adrien

Passionné de poésie contemporaine et attaché à l'écriture sous toutes ses formes, engagée ou novatrice.

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