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Cookie Mueller – Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir

Trop tôt pour se lever, mais j’ai décidé qu’il était hors de question que je partage une minute de plus le lit de ce mec qui m’avait pourtant bien plu la veille : on avait fauché deux T-Bones dans les rayons d’un Safeway pour les cuisiner et s’empiffrer, au grand dégoût de mes végétariens de colocs. Après les steaks, on s’était sifflé un cubi de gros rouge de Napa Sonoma, et on avait pris du LSD. Sauf que maintenant, il transpirait tout ce qu’il pouvait dans le lit et tachait mon seul et unique drap en gaspillant le précieux acide qui suintait par tous ses pores. En gros, il était incapable de tenir l’alcool ou la dope. Ça me rendait tellement folle que le mieux était que je foute le camp.

Coup de projecteur sur une icône oubliée de la contre-culture américaine en quinze nouvelles autobiographiques renversantes et désopilantes.

Actrice dans les films de John Waters, critique d’art, visage incontournable des grands photographes Nan Goldin et Robert Mapplethorpe, voisine de palier de Janis Joplin, « touche-à-tout de génie qui envisage la fête comme un art », Cookie Mueller, dont le surnom était unsafe, est une figure inoubliable du New-York underground des années 70 et 80. Vivant de petits boulots et de trafic de drogues, Cookie concentre autour d’elle toute la bohème artistique du Lower East Side. Et se raconte avec une gouaille fabuleuse dans des aventures étourdissantes trop délirantes pour avoir été imaginées.

Séance de satanisme sur le mont Tamalpais avec le plus grand adorateur du diable d’Amérique de l’époque, Anton LaVey, astuces pour échapper aux viols et aux overdoses, rencontre ratée avec Charlie Manson, tournages déjantés sur un film fauché, flirt avec Jimi Hendrix, petit manuel de conversation avec un serial killer ou cours de go-go dancing, tout va à cent à l’heure dans ce recueil comme à l’arrière d’une Chevrolet Impala noire roulant à folle allure.

Sa liberté et sa démesure traversent l’Amérique des décennies soixante à quatre-vingt et esquissent  » la meilleure histoire possible de la dernière-avant garde new-yorkaise » jusqu’au tournant des années 80 avec les ravages du sida. Le sida qui lui ôtera la vie en novembre 1989 alors que s’effondre le mur de Berlin.

Mais ce qui rend inoubliable la lecture de ce recueil est ce vent de folie et de spontanéité qui bat la mesure de ces histoires. De cet « amour, uniquement préoccupé par le plaisir et l’aventure, avec un côté vraiment fun et trashy ». De cette vie dans les marges, avec toujours un détachement amusé et lucide même quand les événements prennent mauvaise tournure, enfin disons-le partent totalement en vrille. Cookie la démesure? Certainement. Mais une Cookie humaine qui vit l’instant dans une forme d’urgence constante. Prenons-en d’ailleurs un peu de la graine et n’hésitons pas quelquefois à faire un pas de côté, expérimenter l’insouciance, l’essentiel n’étant pas toujours là où l’on croit. Et grâce à sa verve enlevée et pleine de bon sens qui nous propulse avec immédiateté dans ses tribulations, Cookie nous instille malicieusement ce concentré d’indépendance.

Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir est son premier livre traduit en français. Il fait figure de livre culte aux États-Unis.

Un jour, en me mettant dans la mauvaise file, je suis passée par erreur aux électrochocs. Vrai de vrai. Alors que je pensais qu’on allait me donner des médocs. A force d’entendre des horreurs sur les électrochocs, notamment dans toutes les histoires écrites sur Frances Farmer, je suppose que vous avez un avis sur la question. Mais franchement, ce n’est pas si terrible que ça. Loin de là. Ça a même un côté assez agréable, puisque ça a effacé de ma mémoire l’intégralité des cours débiles de littérature et des lectures obligatoires imposées par mes profs de lycée gauchiste.

Éditions Finitude (183pages)

Traduit par Romaric Vinet-Kammerer

Sarah

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Chroniqueuse

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