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Aaron Cometbus

Double Duce – Aaron Cometbus

Après le retour à la terre et Un bestiaire de bouquinistes, Aaron Cometbus est de retour sur Un dernier livre avant la fin du monde avec Double Duce & autres histoires du Paradis De Willey.
Écrivain infatigable, et pourtant toujours surprenant, il est sûrement
l’écrivain inconnu le plus connu d’Amérique du nord. Auteur et éditeur de fanzine, il publie chaque année un numéro de Cometbus, son fanzine édité depuis 1981 et distribué aujourd’hui à plus de 10 000 exemplaires dans le monde entier. Son œuvre protéiforme est pour l’instant relativement inconnu en France, cantonné à la mouvance punk et Do It Yourself.

Afin de le faire découvrir, deux éditeurs s’attellent à la traduction et à la publication de ses fanzines : Tahin Party, avec la publication de Un bestiaire de bouquinistes (2020) et de En Chine avec Green Day (2021) et Demain les flammes, avec la sortie de Double Duce (2020), Le retour à la terre (2020)…

Dans En chine avec Green Day, Cometbus nous offrait un aperçu, par flash-back, de sa jeunesse à Berkeley, des premiers concerts au 924 Gilman Street, d’une vie folle rythmée par la musique et les rencontres…
Double Duce, roman écrit en 1997, nous plonge en plein dans cette jeunesse la.
Sluggo, Willey, Aaron, Jed, Jag et Little G sont des punks débraillés et pas bien débrouillard. Fauchés, vivant de combines, de vol et de petits boulots, ils habitent tous ensemble dans une étrange maison délabrée nommée Double Duce. Coincée entre des voisins armées et colérique, au dessus d’un magasin d’alcool, cet appartement sera le lieu de leurs folies, un paradis peuplé d’imprévu, de personnages hauts en couleurs, de ruptures violentes et de retrouvailles inattendue.


3
Casser la baraque


Demeurait le problème de la répartition des pièces. little G occupait la grande chambre de devant parce qu’il payait la plus grosse part de loyer. Il restait une chambre qui, en vérité, s’apparentait plus à un cou
loir entre la chambre de devant et la porte d’entrée.
Je m’installe là, j’ai indiqué.
Comment ça, tu t’installes là ? on va devoir partager le couloir, a répondu Sluggo.
Non, là, j’ai dit en montrant une trappe fermée à double tour dans le plafond.
et s’il n’y a rien du tout là-haut, pas même assez de place pour s’allonger ?
Peu importe ce qui s’y trouve, ça me va.

Après avoir fait sauter les cadenas, on a ouvert la trappe qui donnait sur une échelle dépliable, et, d’un air suffisant, j’ai pénétré pour la première fois dans ma chambre. Je me suis cogné contre les poutres et me suis pris des toiles d’araignées plein la figure, mais malgré tout, je me suis bien rendu compte que j’avais gagné au change. le grenier était gigantesque, deux fois plus grand que toutes les autres pièces réunies.

Il faisait toute la surface de notre appartement et se prolongeait au-dessus de celui de nos voisins de palier. C’était le seul inconvénient. Personne n’était censé y vivre, et nos voisins étaient les deux frères férus de flingues qui géraient le magasin d’alcool. Je sentais leurs odeurs de cuisine, et à chaque fois qu’ils se grattaient, qu’ils pétaient, ou qu’ils vomis­saient, je n’en manquais pas une miette. Mais s’ils m’entendaient faire la même chose, ils casseraient littéralement la baraque.
Donc : interdit de parler, de marcher avec des chaussures, ou d’écouter la radio plus fort qu’un léger murmure. De fait, ma chambre devait rester calme et paisible – ce prétexte inattaquable m’enchantait.

Double Duce est très différent des autres volumes aujourd’hui traduits en français. Il est d’ailleurs le plus ancien, Le retour à la terre ayant été écrit en 2000 et Un bestiaire de bouquinistes en 2015. Dans ces courts chapitres, dans ces histoires de colocations sauvages et de folie destructrice, Aaron Cometbus transmet de sa rage d’adolescent. Le ton est plus violent, la drogue et l’alcool plus présente, l’ambiance plus nihiliste. Nous sommes ici loin de la contemplation sereine des villes asiatiques de En Chine avec Green Day ou du calme des labyrinthes de piles de livres du Bestiaire de bouquinistes.

Double Duce nous parle d’amitié, et d’acceptation radicale de l’autre. Chacun des personnages de cette épopée punk est abîmé, portant ses folies, ses peurs et ses casseroles et espère les décharger dans l’espace commun. La bande d’amis qui se crée, entre amour fou et détestation viscérale, est prête à tout pour imposer à la ville son idéal punk. Graffiti, fête monumentale, confrontation avec la police, Berkeley est à eux, et Double Duce est leur phénoménale quotidien.

85
Histoire d’amour.

Ada et Vanessa buvaient des coups dans la chambre de Sluggo, tandis que Sluggo et moi bossions sur des morceaux dans le grenier. Maintenant que Jed n’était plus là, le groupe avait disparu, mais on continuait quand même à écrire de nouvelles chansons. Peut-être cela l’appâterait-il et qu’il reviendrait.

Vanessa nous a interrompus pour me demander de venir récupérer ma copine. Elle avait foutu le feu au lit de Sluggo et renversé de la bière partout dessus – mais pas dans cette ordre là, évidemment, ça aurait été plus simple. Elle était tombée dans les pommes, réduite à une masse inerte marmonnant, à un poids mort, et il fallait que je la porte jusqu’à ma chambre. On aurait pu y voir une certaine forme de romantisme si elle s’était souvenue de qui j’étais.
Ada s’était tellement étalée dans mon lit qu’il m’était impossible de m’y glisser. J’ai bien essayé de la pousser mais elle ne bougeait pas du tout. Grrr. Cette fille me plaisait vraiment de plus en plus. J’ai du aller dormir dans l’ancienne chambre de Jed.

Double Duce Aaron CometbusDouble Duce & autres histoire du paradis de Willey
Aaron Cometbus
Demain les flammes & Noeuds éditions
Trad. Nathan Golshem
256 p.

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Chroniqueur

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