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Jacques Bablon & Edith Chambon- La maison de l’architecte polonais et de sa femme algérienne restée au pays

Quand Jacques Bablon, auteur de romans, professeur en école d’Arts Appliqués et scénariste de bande-dessinée rencontre Edith Chambon, illustratrice à la palette de couleurs maitrisée et au coup de crayon d’une extrême finesse, une histoire à part se crée dans la Maison de l’architecte polonais et de sa femme algérienne restée au pays.
C’est l’histoire d’un abri, d’une famille, d’un beau mélange de cultures. C’est l’histoire d’une fratrie un peu particulière issue d’un métissage entre un père aux cheveux blonds et à la peau couleur de lait et une mère à la crinière indomptable et au teint joliment coloré. Lui était un architecte talentueux, persuadé que le verre permettant à la lumière de rentrer est la clé du bonheur, mais son décès l’a laissée seule à s’occuper de leurs six enfants. Elle finira par retourner au pays, laissant derrière elle la preuve d’un amour durement perdu.

 

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Louise, Abdallah, Gilles, Mourad, Margot et Zinedine Kosinski se serrent les coudes dans leur nid bien trop grand, exposé à l’éclat du soleil et à la pâle lune ainsi qu’aux yeux des voisins aux tendances racistes. Lettres de menaces, intrusions, vandalisme et insultes sont leur lot quotidien. Débrouillards chacun à leurs manières, ils ne sont pourtant pas prêt d’abandonner leur toit, héritage familial et ultime preuve de l’Art de leur géniteur, malgré ce voisinage oppressant et les charges pécuniaires bien trop importantes. Les magouilles et les petits petits deals, des  cours de gym improvisés avec les amis, un peu de jardinages et de travaux cache-misère sont autant de moyens développé pour faire tenir debout avec les moyens du bord aussi bien la structure solide qui les abrite que celle imperceptible à l’oeil nu des liens fraternels.
Différences d’âges, d’opinions culturelles et même religieuse,  incompréhension, les six frères et soeurs connaissent les mêmes problèmes que n’importe quelle famille à l’exception prés qu’ils sont d’une indépendance forcée mais remarquable. De plus leurs physionomies respectives les font parfois douter de leurs liens de sang, leurs origines, bref leurs fondements même.
Cependant l’évolution des opinions propres à chaque personnalité, chacun choisissant un mode de vie bien à lui, mènent pourtant immanquablement   à un seul et unique but: celui de sauvegarder coûte que coûte leur nid, preuve de l’amour incommensurable de leurs parents.

 

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A l’aide d’une suite d’annecdotes issues du quotidien de la famille Kosinski, Jacques Bablon et Edith Chambon nous brossent un portrait résolument moderne des familles contemporaines issues de cultures mixes et l’attachement viscérale des frères et soeurs à cet héritage bien trop lourd à porter, qui rappelle celui que l’on éprouve encore envers ces lieux qui nous ont bercés lorsque l’on était enfants.
Les dialogues piochés au fil des jours, les scènes de vies qui défilent avec la monotonie magique d’un quoditien particulier mis en lumière par la palette délicate de couleurs d’Edith Chambon, son tracé fin et épuré, viennent appuyer cette sensation d’observer à travers ce fameux matériaux verre le bonheur bancale construit par l’architecte polonais et sa femme algérienne.
Il n’y a pas de contours enfermant les personnages chacun dans leurs carapaces charnelles, les décors sont faits de tracés et de lignes directrices rappelant le style de Brecht Evens et l’ensemble est très aérien et léger. Le coup de crayon d’Edith Chambon s’adapte parfaitement à la syntaxe de Jacques Bablon dans cet album plein de douceur, de ténacité, de lutte et de libération.

La Maison de l’architecte polonais et de sa femme algérienne restée au pays est un livre-temple lumineux, une porte ouverte que l’on pousse et qui nous montre le quotidien doux-amer d’une fratrie composée d’électrons libres formant un ADN aussi bancal que réaliste, une jolie farandole métissée et soudée.

 

 

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Actes Sud BD
192 pages
Caroline

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Caroline
Chroniqueuse

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