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Jean Baret – Mort™

Trois cités aux fonctionnements étrangement similaires malgré des tropismes et enjeux diamétralement différents. Trois protagonistes qui ne se croiseront jamais, et une étrange théorie qui intrigue, bouscule et se révèle très difficilement. Après Bonheur ™ et Vie ™, voici le dernier volet de la trilogie “Trademark” de Jean Baret, à savoir, Mort ™.

Dans le paysage littéraire de l’imaginaire français, un nom ressort de plus en plus régulièrement. Un étrange avocat, écrivain, culturiste et nihiliste, qui roman après roman sait conquérir son public depuis 2007 et son « Syndrome du rebours » aux éditions Thélès. Un auteur régulièrement comparé à Chuch Palahniuk, Warren Ellis ou encore le taulier en chef, à savoir Philip K Dick.

Mort ™ aborde le quotidien de Rasmiyah, une enseignante à domicile dans le quartier musulman de Babel. Chaos magicienne, adepte du serpent Glycon, Rasmiyah explore les cultes et se questionne sur le meilleur moyen de croire et prier dans l’immense Babel gouverné par un triumvirat de religieux. À Mande-ville, habite Xiamo, ce journaliste gonzo, adepte de l’article putassié et aux clics payants, est toujours à la recherche du dernier scoop qui vendra l’article paragraphe après paragraphe. Car à Mande-Ville tout ce monnaie, tout est marchandise, et ne pas consommer est une infraction grave. Enfin, il y a Donald Trompe, vivant dans 8m² dans une monade, ne sortant jamais et passant ses journées connecté dans des univers virtuels. Ici, à Algoripolis, les algorithmes régissent la cité et l’Idominux Lex et le veilleur suprême. Tout trois ne se connaissent pas, vivant dans trois mondes coupés les uns des autres, mais tous les trois vont se retrouver confronter à une théorie fort surprenante et énigmatique, la curieusement nommée Théorie M !

Jean Baret, avec sa trilogie ausculte au scalpel notre société, poussant à l’extrême ce qui nous contrôle, l’auteur construit trois univers distincts qui par écho, tantôt, s’opposent, tantôt résonnent étrangement. Ici, le contrôle est la clé, contrôle de culte, de consommation ou encore de vie, l’humanité a perdu, perd et perdra éternellement sa liberté du moment où cette dernière repose sur des valeurs de gestion de masse.

Ce qui par extension pose l’inévitable question quel est le prix de votre libre-arbitre ou de votre vie. Ce que nous pouvions envisager avec les tropismes de William Gibson, Jean Baret se permet de pousser l’exploration plus loin et force le lecteur à s’interroger sur ses limites et ce qu’il a bradé pour vivre dans notre actuel société.

Dans un style ultra dynamique, proche du style « dirty realist » de Bukowski, SaFranko voir Fante, ou encore dans un style plus contemporain à la Palahniuk, Jean Baret sait développer son histoire et nous perdre dans son univers. Nous pouvons également penser à la paranoïa visionnaire de Philip K Dick ou encore les monades cyniques de Silverberg.

Jean Baret continue à faire son bonhomme de chemin, et s’impose petit à petit comme un grand auteur de science-fiction française. Un auteur à suivre de très près.

Oui je n’ai pas parlé de la Théorie M, volontairement, il est trop tôt pour en parlant au public.

Le Bélial’,
400 pages,
Ted.

À propos Ted

Fondateur, Chroniqueur

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