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Stella Benson – Le Fort Intérieur

Une œuvre inédite de fantasy/fantastique anglaise ? Des sorcières ? Londres ? Un texte sorti avant Les Harry Potter, avant Bilbo le Hobbit et le seigneur des anneaux ou encore avant les aventures de Mary Poppins ? Mais surtout un court roman qui questionne déjà sur la figure de la sorcière et ce qu’elle dit des femmes dans notre société ? Tout cela publié au lendemain de la première guerre mondiale ? Bienvenue dans « Le Fort Intérieur » de Stella Benson !

Tout va basculer pour Sarah Brown le jour où elle va arriver sur l’Île Moufle, une petite île de la Tamise, qui abrite une bien mystérieuse auberge. Pour cette femme vivement chichement, ayant pour quotidien les bombardements allemands et pour toute richesse une valise, baptisée Humphrey, rien ne l’avait prédisposé à vivre cette aventure. Qu’à cela ne tienne ! Harold le balai perdu d’une mystérieuse sorcière va la mener jusqu’à la commune de Faërie sur l’Île Moufle, jusqu’au Fort Intérieur.

De la Fantasy ? Du fantastique ? Difficile à dire, quelque chose de plus discret et plus loufoque en même temps. Les géographies de style sont poreuses et l’autrice n’hésite pas à jouer avec les styles pour nous balader et berner, pour finalement nous offrir un monde merveilleux étrangement familier.

L’historienne littéraire Farah Mendlesohn, inventa même une catégorie pour parler de ce type de roman, et du Fort Intérieur en particulier : Le « Whimsy » sous ce terme anglais, l’historienne défini « l’incongru » de l’œuvre. Toujours selon l’historienne il s’agit d’un « Genre fantasmagorique, légèrement irréel, comportant une forme d’imprévu qui peut charmer comme déranger ».

Mais Benson ne s’arrête pas là dans son œuvre, dans son « Living Alone » ( titre original), il est également question de guerre, de bombardement et d’Allemand. Voulant inscrire son histoire dans un mouvement contemporain, Stella Benson n’hésite pas à intégrer la récente Première Guerre mondiale en toile de fond pour dépeindre encore plus d’étrangeté dans on incursion dans le réel.

Ici, in fine, le fantastique n’est pas l’anormalité, le réel, bien que trop présent et moribonds dans le contexte de l’histoire, est l’ennemie de l’émancipation. Formatant et reléguant des personnes dans des cases, ici Sarah Brown, dans un rôle convenu et attendu de travailleuse lambda, une personne normale. Dès lors le fantastique, et la figure de la sorcière deviennent sources d’émancipation. L’île devenant le lieu d’éveil et la possibilité d’affirmation de soi. Le roman pousse à la réflexion de l’identité et de l’appartenance et ce que notre société déforme de nous dans son attente de notre adaptation à cette dernière.

Roman atypique, avant-gardiste, roman fantasque, absurde, drôle, au dénouement inattendue et fort de symbolisme, Le Fort Intérieur est une belle redécouverte. Une Œuvre qui offre plusieurs lectures possibles. Une œuvre fondatrice qui annonce avant l’heure ce que la littérature et les mouvements sociaux vont devenir. Peut-être un peu visionnaire, mais énormément addictif.

Saluons au passage le remarquable travail de traduction de Faustine Lasnier, ainsi que le choix des postfaces qui apportent un contexte et une appréciation complète de l’œuvre autant dans son époque que dans la vie de l’autrice.

Éditions Callidor,
Trad. Faustine Lasnier,
268 pages.

Ted.

À propos Ted

Fondateur, Chroniqueur

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