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Jack Black Personne ne gagne chez Monsieur Toussaint l'Ouverture

Jack Black- Personne ne gagne

Jack Black, de son véritable nom Thomas Callaghan vécu de 1871 à 1932, époque révolue dont les échos de rêves américains et de soif de liberté se font entendre à travers Personne ne gagne. Cet homme embrassa très jeune une carrière haletante de voleur qui s’étendra sur presque trente ans et dont il raconte l’épopée avec humilité, compassion et sagesse.

Enfant, il perd très tôt sa mère et est élevé par un père droit dans ses bottes, soucieux de la justice et ayant un sens de l’honneur inébranlable. Celui-ci le placera dans un couvent sous la garde de bonnes soeurs attentives: c’est peut-être cette enfance dirigée sous un tutelle bienveillante malgré les difficulté, qui lui apporteront une empathie et un humanisme qui ne le quittera pas.
Son premier déboire avec la justice, alors qu’il est embarqué par erreur et traité comme un bandit malgré sa totale innocence scellera son avenir: c’est cette injustice venue des défenseurs de la paix eux-même qui l’amènera à opter pour le vandalisme, à éviter à tout prix les sentiers battus et le respect des règles établies par les « honnêtes gens ».
Sous l’aile de voleurs célèbres dans le milieu tels que George, alias Shorty, Sanctimonious Kid ou encore Smiler, autant de gars aussi bien filous que dévoués, ils va découvrir les voies du grand banditisme. Faisant parti du clan des Johnson, bandits loyaux et aux coeurs sur la main, ils lui apprennent les rudiments du métier de voleur: choix de la cible, préparation des outils, attitude à adopter en cas de pépin inattendu, autant de détails à passer au peigne fin pour réussir son coup, et encore.
Les bordels, fumeries d’opium et saloons jalonnent le roman, avec sa faune si peu glorifiée. A travers le jargon typique du milieu, on découvre les yegg de l’époque, les hobos aux petites habitudes et les jungles où tout ce beau monde se réunit et partage nourriture et boisson. Cette population haute en couleur mise en lumière par l’écriture haletante de Jack Black nous fait découvrir un univers d’entraide et de franche camaraderie. Il parle d’ailleurs d’eux en termes amicaux, les décrits comme de braves types et leur rend un hommage touchant et profond à sa manière.

« Je ne vois qu’une explication: les dés avaient été jetés le jour où j’avais quitté mon père, ou du moins, je les avais jetés moi-même parmi les criminels. Depuis, je n’avais pas passé un seul instant avec un honnête homme. Je baignais en permanence dans le méfait, le larcin, le crime. Je voyais tout à travers les yeux d’un voleur, tout en termes de vol. Les maisons étaient faites pour être cambriolées, les citoyens dépouillés, la police évitée et haïe, les mouchards châtiés, les miens soutenus et protégés. C’était ma loi et celle de mes amis. C’était l’air que je respirais. « Si tu vis au milieu des loups, tu apprendras à hurler.»

Jack Black va enchainer les larcins en tout genre, du petit délit au gros butin, sillonnant les Etats-Unis et le Canada tantôt caché sous les essieux des trains, dans les wagons de marchandise ou bien filant à toute allure dans la nuit noire à dos de cheval ou les jambes à son cou. La grande majorité des vols compilés par l’auteur mèneront soit à de maigres rendus soit carrément à un séjour à l’ombre. Jack Black connaitra en effet bon nombre de cellule de comtés et pas moins de quatre pénitenciers, où il connaitra le sort réservé aux malfrats de toute espèce par les gardiens et les directeurs, souvent emplis de haine et de préjugés vicieux.
Entre les murs de ces bagnes, il croisera la route d’hommes arpentants l’existence dans l’ombre du hors-circuit sociétal, sans grosses infraction à leur actif, et seulement quelques véritables criminels dangereux, mauvais et sans états d’âme, qu’il qualifie lui-même de malades mentaux. Il expose d’ailleurs une éventuelle solution permettant le repenti de repris de justice afin de résoudre au mieux le taux de criminalité, solution aussi intelligente que tirée de sa propre expérience.

Malgré le côté résolument filou de Jack Black, on ne peut s’empêcher d’être comme un gosse devant son histoire de super-héros préféré en lisant Personne ne gagne: sa volonté d’émancipation des codes de la société, son amour de la liberté qui l’a conduit à sillonner les routes et à survivre en marge de la société n’ont d’égales que la lucidité et le recul dont il fait preuve au sujet de ses propres actes. En effet, il est humain dans ses actions malgré leur aspect criminelle, toujours fidèle à une ligne de conduite et un code morale les plus exemplaires possibles: bref, c’est une personne toute en nuances et en contradictions qui tente de survivre au mieux avec ses rêves et une réalité qui le rattrape. Ces mémoires d’écrivain-voleur unique en leur genre sont prenantes, haletantes, menées au coeur d’une époque révolue, pleine de grandeurs, de décadences et surtout sans frontière.

Livre profondément américain et savamment mis en valeur par les Editons Monsieur Toussaint Louverture, Personne ne gagne est bien plus que l’autobiographie d’un ancien voleur professionnel reconverti en écrivain et en reporter. C’est le témoignage de toute une époque au parfum de western, et surtout une analyse intelligente et humaine d’une société où la trop grande soif de justice crée des scissions profondes. C’est un livre triomphal et épique qui se dévore d’une bouchée, un récit réel autour d’un sujet délicat et contrebalancé rarement mis en lumière, et encore moins avec autant de talent que l’a fait Jack Black.

« Nous vivons une époque violente. Nous sommes tous d’accord là dessus. La question est de savoir qui est responsable? Est-ce que ce sont les criminels qui poussent les honnêtes gens à la violence ou le contraire? Est-ce que les torts sont partagés?
Grâce au recul que j’ai aujourd’hui, il me semble que la société lutte contre les truands avec des méthodes de truands,  contre les brutes avec des méthodes de brutes et contre les assassins avec des méthodes d’assassins, sans jamais se poser la question de savoir si cela ne mène pas à une escalade de la violence. »

Tiré de Qu’est ce qui cloche chez les honnêtes gens?

Editions Monsieur Toussaint Louverture, collection Les grands animaux
457 pages
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jeanne Toulouse et Nicolas Vidalenc
Caroline

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Caroline
Chroniqueuse

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