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Claire North – T1. Le Serpent (Trilogie de la maison des jeux)

Claire North, de son vrai nom Catherine Webb, est une jeune prodige anglaise. Ayant publié son premier livre à seulement seize ans, elle est déjà l’autrice d’une vingtaine de romans à seulement trente-cinq ans. Insatiable exploratrice, elle aime faire voler en éclat les barrières de genre et de style, se permettant de jouer avec les codes pour mieux les détourner. En 2021, nous avons entendu parler de cette dernière avec la sortie de « 84k » aux éditions Bragelonne.

“Le Serpent” est le premier tome de la trilogie « La maison des jeux », qui devrait être suivi par « Le voleur » puis « Le maitre » dans la collection Une Heure Lumière des éditions du Bélial.

Venise, au XVIIe siècle, Thene, fille d’un riche marchand d’étoffe, se retrouve mariée à un homme rustre, alcoolique et joueur dès son plus jeune âge. Son mari dilapide la Dot dans les jeux dans la Maison des Jeux. Thene n’aime pas son mari, mais elle a appris à ne pas faire de vague et à tout dissimuler, chaque sentiment, chaque doute, peur ou rancœur. Thene est un mur. Alors qu’elle se retrouve entraînée par son mari dans cette fameuse maison, Thene se met à jouer et s’avère être douée aux jeux. Repérée par un mystérieux personnage, Thene se voit proposé d’entrer dans la Haute-Loge, pour jouer des gains autres que de l’argent. Dans cette Loge énigmatique et fonctionnant quasiment en vase-clos, les enjeux sont beaucoup plus élevés et les pions sont des êtres bel et bien vivant servant la cause du joueur/possesseur. Ainsi démarre une partie aux conséquences immenses.

Variation autour du jeu du trône, roman de conspiration et d’espionnage, Le serpent propose une construction faussement classique et tout en chausse-trappe. Ainsi, par le truchement des dialogues et des descriptions, nous,  lecteurs passivement impliqués que nous sommes, nous retrouvons à assister à la bascule d’une Venise aussi silencieuse que mystérieuse.

Claire North déploie une histoire tentaculaire, que l’on passe plus de temps à suspecter qu’à découvrir et sait user à bon escient les codes de la littérature contemporaine. Se permettant ainsi des approches pluralistes à la Umberto Eco, des touches de post-modernisme tout comme un mystérieux Thomas Pynchon, ou encore des incursions meta-fictionnel que n’aurait pas renié un William Gass, Claire North soigne son style et cite ici ses influences dans le seul but de servir sa narration.

Sans jamais tomber dans le récit trop référencé, l’autrice a su garder ce précieux équilibre entre référence stylistique et intérêt narratif. Il en ressort un tout cohérent, mystérieux, vénéneux et âpre par moment, nous plongeant dans les coulisses du pouvoir et les fantasmes qui peuvent en découler.

Le serpent est le premier tome de la trilogie de La maison des jeux et est une introduction puissante, l’univers ce mérite, le style peut paraître vernaculaire par moment tant le lecteur est un pion dans cette narration (notamment certains passage jouant sur l’accumulation mettant l’accent sur des ambiances et ressentis), mais si vous acceptez de ne pas avoir le contrôle et si vous décidez de vous laisser dériver, alors le voyage au côté de Thene sera passionnant. Une belle découverte, hâte de lire la suite !

Éditions Le Bélial’,
Une heure lumière,
Trad. Michel Pagel,
160 pages,
Ted.

À propos Ted

Fondateur, Chroniqueur

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