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La mer, de Yoko Ogawa, montage d'images de la couverture

La mer, de Yôko Ogawa

Un fil très fin, brillant et magique, parait lier les sept nouvelles de ce court recueil japonais, “La mer”. On le suit depuis la première nouvelle, éponyme, dans laquelle un enfant dévoile au narrateur l’existence d’un mystérieux instrument qui ne peut émettre de son que joué sur une plage.

Comme dans cette première nouvelle, le personnage principal du deuxième récit, ” Voyage à Vienne”, fait une étrange rencontre lors d’un voyage organisé. Une vieille dame anxieuse vient perturber les plans de la jeune narratrice en lui demandant de l’accompagner visiter un ancien amour qui se meurt dans une maison de retraite à l’autre bout de la ville. Par délicatesse, par politesse, mais un peu à contre-coeur, la jeune femme accepte de lui apporter son aide, sans savoir ce qui les attend.

Dans “Le bureau de dactylographie japonaise Butterfly”, une jeune dactylographe rompt le quotidien de ses journées à transcrire des études médicales lorsqu’un des caractères de sa machine se casse. Elle rencontre alors le responsable de ces mystérieux caractères… C’est sans doute le récit le plus intriguant du recueil.

Dans “Le guide”, un enfant qui accompagne sa mère guide touristique lors d’une excursion fait la rencontre d’un poète original qui a inventé un métier bien utile et porteur pour lui permettre de vivre de sa poésie.

Les récits de Yôko Ogawa, auteure de nombreux textes, publiés en France chez Babel, sont d’une solidité narrative impressionnante malgré le peu de mots qui nous sont livrés. On contemple avec curiosité ces petits bouts de vie, comme des perles de différentes tailles, bien rondes et polies. En regardant au travers, on voit le monde derrière un peu différemment.  Les thèmes qui les traversent résonnent tous naturellement dans le texte. On a l’impression que l’auteure a écrit dans un simple soupir d’aise, sans effort supplémentaire, tant l’ensemble parait juste et naturel.

Les différents sens sont très délicatement équilibrés pour rendre compte de la plus petite scène. Le son en particulier joue un grand rôle dans ce recueil : on s’y murmure des choses, on attend qu’un enfant mutique ouvre la bouche, on rêve de musiques mystérieuses, on passe d’un atelier bruyant de dactylographes à une pièce silencieuse et mystérieuse … Être adulte semble être une sorte de renoncement à la magie de l’enfance décrite dans la première nouvelle, et le meilleur de la vie pourrait être les instants lors desquels les restes de ce merveilleux pointent dans le quotidien, grâce à des rencontres particulières.

C’est toujours une joie de découvrir sur le tard un auteur prolifique de si grande qualité, et après ce recueil, il faudra, nécessairement, découvrir tout ce qu’on a pu rater de Yôko Ogawa. Je m’en réjouis d’avance !

la mer, couverture du livre chez BabelLa mer, de Yôko Ogawa ( son nom porte un accent cironflexe sur mon édition mais pas sur toutes )
Mars, 2009 / 10,0 x 19,0 / 160 pages
traduit du japonais par : Rose-Marie MAKINO-FAYOLLE

À propos Coralie

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Un commentaire

  1. Coralie, ce que tu dis sur la place du son dans ces nouvelles est intéressante ! Je ne l’avais pas ressenti comme ça en le lisant mais c’est peut-être ce qui m’a donné cette impression d’apaisement en les lisant.

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