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Goliarda Sapienza – Rendez-vous à Positano

Rendez-vous à Positano est le récit à la fois lumineux et grave d’une rencontre avec un lieu, Positano, et avec une femme, Erica. Positano est un petit village italien, près de Naples. Erica, une jeune femme connue de tous mais inaccessible aux premiers abords. Un village et une femme avec qui Goliarda Sapienza a créé des liens indéfectibles. Goliarda est ainsi, quand elle aime, ce n’est jamais à moitié. Et l’écriture est sa manière à elle de rendre les choses vivantes, de les faire exister.

Alors qu’Erica n’est plus là et que Positano s’est laissé rattraper par la civilisation et le tourisme de masse, ce livre-mémoire témoigne des étés hors du temps que Goliarda a passé à une époque où elle-même était en pleine remise en question. Mais ce n’est pas tellement d’elle qu’il est question ici. C’est de Positano et d’Erica. D’un village et d’une amie qui l’ont marqué, qui font partie d’elle. Son propre personnage est secondaire. D’une certaine manière, il est l’ombre de son rôle de narratrice, qui voit, ressent, écrit, revit le passé ; le romance pour le faire exister de mille et une manières, de mille et une lectures.

« (…) la vie est toujours un roman non écrit si elle reste ensevelie en nous (…). Seul ce qui est écrit reste et avec le temps devient vie, la seule vie lisible, bien que ce soit à partir d’innombrables points de vue et, même si ça peut paraître un paradoxe, la seule véritable dans l’absolu. »

Goliarda a le don d’imprimer dans nos rétines des lieux et des personnages que l’on n’a jamais vu.
Son attachement à Erica, n’est pas sans rappeler celui qu’elle a eu pour Roberta, une révolutionnaire rencontrée en prison et évoquée dans Les certitudes du doute. Une de ces relations intimistes à la fois intellectuelle et esthétique. Une sorte de reconnaissance mutuelle qui ne s’explique pas mais qui se vit.

Quant à Positano, c’est un de ces endroits où ce qui se cache au plus profond de nous remonte à la surface, se révèle à nous-même. C’est devenu un point d’ancrage dans sa vie, un refuge. Elle a foulé ses ruelles et ses escaliers, a adopté ses habitants et s’est imprégnée de sa luminosité et de sa magie. Si la Civita (quartier populaire de Catane) a marqué sa jeunesse, si Rome représente une part importante de sa vie, Positano reste un lieu à part. À travers ce récit, c’est son âme qui nous est révélé.

« Positano guérit de tout, vous ouvre l’esprit sur les douleurs passés et vous éclaire sur les présentes, et vous préserve souvent de tomber dans l’erreur. C’est curieux, mais parfois j’ai comme l’impression que cette conque protégée à l’arrière par les bastions des montagnes oblige, comme un « miroir de vérités », à se regarder bien en face, avec devant soi cette grande mer presque toujours limpide et calme, qui elle aussi pousse à la révision de ce que nous sommes. (…) ici on ne peut échapper à l’impulsion de la vérité. Lorenzo appelle Positano le tombeau de l’amour et il a raison, mais bien souvent la vérité ne peut éclore qu’en passant à travers la mort absolue de ce que l’on était auparavant, ou de ce que l’on croyait être »

Ce texte, s’il paraît moins tourmenté que L’Université de Rebibbia ou Les Certitudes du doute est tout autant emprunt d’authenticité et de passion. On retrouve une Goliarda rêveuse, conteuse, happée par les paroles d’une femme, la beauté d’un lieu, l’exaltation d’une passion hors du temps – les évènements paraissent parfois irréels, tel un rêve éveillé.

L’écriture envoûtante de Goliarda Sapienza laisse comme toujours derrière elle, un vent poétique de liberté.

 

éd. Le Tripode, 2017 (V.O 2015)
280 pages
traduit de l’italien par Nathalie Castagné

Pauline

Voir aussi la chronique de Moi, Jean Gabin
Voir aussi l’article Lumière sur… Goliarda Sapienza

 

À propos Pauline

Chroniqueuse

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2 Commentaires

  1. J’en entends tellement parler de Goliarda que je ne peux plus fuir maintenant, je vais essayer d’en acheter un, L’art de la joie car j’ai terriblement envie de la découvrir !

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