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Bénédicte et Marine des Mazery Le roi Jéhan couverture

Bénédicte et Marine des Mazery – Le roi Jéhan

 

Au Moyen-âge comme aujourd’hui, la grande majorité des conflits et des batailles éclataient suite à une crise d’égo un peu trop surdimensionné mêlé à un subtil complexe d’infériorité chez la gent masculine.
On peut encore admirer les exploits brodés et peints de preux cavaliers joutant pour défendre leur honneur bafoué, pourfendant l’ennemi à tout va, ou de seigneurs bottant les miches des manants au nom d’une étrange quête dictée par un mystérieux dieu barbu.

Voilà qu’une mère et sa fille (respectivement écrivaine et autrice de bande dessinée) s’emparent de cette fougue chevaleresque pour en extraire toute la problématique masculiniste dans un livre à la fois loufoque et satirique. Mais Bénédicte et Marine des Mazery ne s’arrêtent pas là, et s’amusent en plus à créer un récit dans le récit. C’est ainsi que Le roi Jéhan est composé non pas d’une, mais de deux histoires superposées grâce à un ingénieux système de bichromie et de filtre rouge, permettant une double-lecture malicieuse.

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Bénédicte et Marine des Mazery Le roi Jéhan

Tout d’abord, nous partons à la rencontre d’un roi tyrannique et très orgueilleux, gouvernant grâce à la technique plutôt aléatoire de la courte paille. C’est donc sans surprise que ce Jéhan de Potiguigni est détesté aussi bien par sa femme que par son peuple. Et pour faire taire la colère des sujets et détourner leur attention, rien de mieux qu’une bonne baston avec la contrée voisine ! Mais un coup du sort attend Son Altesse de Mont-Tournure, qui va finalement devoir apprendre l’humilité et reconsidérer les privilèges liés à sa situation et à son sexe. 

Puis, les plus téméraires, celles et ceux qui en redemandent peuvent chausser la paire de lunettes à verres rouges pour découvrir l’histoire d’un autre personnage, le roi Jéhan de Petitquiqui, régnant sur la région de Mont-Tounu où tout le monde se balade et vit à poil. Si le premier est trop sûr de lui et de son statut, le second est rongé par un problème de taille qui le complexe et lui sert d’excuse pour tromper son épouse à tout va, afin de prouver que la virilité ne dépend pas de la circonférence de ses attributs monarchiques. Mais quand un maître voisin prêtant en avoir une plus grosse, son sang ne fait qu’un tour et il se lance dans une guerre meurtrière. Une bataille de quéquette éclate alors littéralement.

Avec le principe de l’anaglyphe, ce n’est pas une seule version 3D qu’on lit, mais bien deux récits distincts réalisés à quatre mains qui déshabillent et met les corps à nu des mentalités encore très rétrogrades. Le roi Jéhan est à mon sens une BD qui mériterait d’être beaucoup plus connue, car elle interroge les rôles assignés aux sexes ou au genre selon des stéréotypes ancrés dans nos mœurs d’une manière très inventive et exempte faux-semblant.
En s’appuyant sur les codes des fables et des contes moyenâgeux, les autrices dressent une critique moderne et ironique de notre société patriarcale et même des sphères politiques actuelles. Grâce à un humour mordant, elles nous invitent à porter un regard neuf et à changer de lunettes pour y voir plus clair, sans mettre de côté l’aspect graphique qui est fourmillant de détail et assure de nouvelles découvertes à chaque lecture. 

image Bénédicte et Marine des Mazery Le roi Jéhan

 

 

 

 

 

 

 

Éditions Lapin
80 pages
Caroline 

À propos Caroline

Chroniqueuse

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