Accueil » Histoire » Fred Uhlman – Il fait beau à Paris aujourd’hui

Fred Uhlman – Il fait beau à Paris aujourd’hui

9782234054288Rares sont les écrivains qui arrivent à m’émouvoir autant. Rares sont ceux qui, dans leur plume, laissent suer des échos d’un bouleversement majeur de leur vie avec la qualité et la subtilité requises. La légèreté épouse parfaitement la profondeur de son message, la poésie embrasse avec force la qualité narrative et la trame de l’histoire secoue le lecteur de façon incisive. Cette même trame qui nous fait devenir le spectateur de sa vie. Fred Uhlman, avocat plein d’avenir, nous la conte. Ici et maintenant.

«Pendant dix ans, j’ai commencé et recommencé ce chapitre, puis déchiré tout ce que j’avais écrit. Je me suis demandé si je pouvais éviter de l’écrire, mais n’en vois pas la possibilité car il est la clé de ma personnalité. C’est l’histoire de mes parents et de ma sœur, qui ont disparus dans l’holocauste avec des millions d’autres êtres humains et aux âmes desquels je dois respect, justice, piété …et pitié.»

Issu d’un milieu bourgeois, Fred Uhlman avait toutes les armes pour devenir une personne aisée. Son père, que tout lui opposait, semblait avoir une entreprise qui, dans la période noire de son existence, fonctionnait assez correctement pour permettre à ses enfants de croître dans de bonnes conditions. Pourtant tout oppose Fred Uhlman à son père. Pendant que celui-ci était négligent, Fred Uhlman était assidu, pendant que l’un payait toujours ses factures avec un temps de retard, l’autre appliquait les consignes à la lettre. C’est peut-être ceci qui a fait de Fred Uhlman l’homme qu’il est devenu plus tard. Poétique, sensible, sincère, honnête, calme et combatif. Une combativité qui lui a peut-être sauvé plusieurs fois la mise. Plutôt que choisir de marcher dans les traces de son père, l’auteur nous conte son métier d’avocat, qu’il exercera avec une passion dévorante. Toute cette adolescence qu’il mènera en parallèle de l’ascension d’Hitler dans son pays, qui au fur et à mesure, lui deviendra de plus étranger. Lui le « Deutsch-jüdischen » (Juif Allemand).

Jusqu’au jour où un coup de téléphone va bouleverser son existence. « Il fait beau à Paris aujourd’hui ». Il devait quitter son pays, la traque des juifs avait commencée. Choisissant d’atterrir à Paris, ville qu’il voyait à l’époque comme le berceau d’une immense culture. Cette terre d’asile l’accueillera en son sein et lui permettra de jouir d’une renommée grandissante. Avec force et persuasion, Fred Uhlman se lancera à corps perdu dans la peinture, ce qu’Hitler, aussi doué soit-il, n’a jamais réussi à faire, croisant parfois même la route de Picasso en personne.

«Mon père détestait le sionisme. L’idée même lui paraissait insensée. Réclamer la Palestine après 2000 ans n’avait pas pour lui plus de sens que si les Italiens revendiquaient l’Allemagne parce qu’elle avait jadis été occupée par les Romains. Cela ne pouvait mener qu’à d’incessantes effusions de sang car les Juifs auraient à lutter contre tout le monde arabe. »

À travers ce récit, semi-initiatique, à la recherche de l’homme qu’il a toujours voulu être, Fred Uhlman bouleverse. Il nous conte son enfance difficile avec son père, ses années de lycée, de révolte, son passage dans une ville inconnue et sa nouvelle vie et loin des siens avec une profusion de détails. Tout semble être figé dans le temps, ralenti par la mémoire eidétique de l’auteur et retranscrit avec une qualité proche de la perfection. Le récit coule et tout s’embranche afin de donner le tissu narratif de son œuvre.
Plus surprenant encore, le silence qu’a l’auteur pour son bourreau, Adolf Hitler. Le citant très peu dans son œuvre il rend son récit plus dense, plus énigmatique et évite, comme beaucoup d’auteur le font, de diaboliser le mal pour rendre son récit plus touchant encore.

Fred Uhlman vit dans la promptitude absolue de devoir faire de sa vie un bonheur, au diable les moqueries et les apparences.

Fred Uhlman est un personnage énigmatique, aussi envoûtant qu’obsédant. Son lyrisme respire la beauté et la poésie. Ses deux vies aussi éloignées l’une de l’autre supportent le même leitmotiv.
L’amour de la vie.

387 Pages

Stock, La Cosmopolite

Ludo

À propos Ludo

Fondateur, Webmaster

Vous aimerez aussi

Baudouin couverture Elise Thiébaut Les fantômes de l'Internationale

Élise Thiébaut & Baudouin- Les fantômes de l’Internationale

Lorsque l’on évoque le célèbre hymne de l’Internationale, immédiatement les premiers vers déferlent: «Debout! les …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Powered by keepvid themefull earn money