Accueil » Littérature Américaine » Helen Phillips – La femme intérieure

Helen Phillips – La femme intérieure

Après l’immense collection Lot49 qui nous aura permis de vivre de grands moments de littérature au côté de Vollmann, Gass, Powers, Millet ou Evenson, les défricheurs Hofmarcher et Claro, ici accompagnés par l’excellente Marie Misandeau, lance en grande pompe une nouvelle collection prometteuse !

Vice Caché, en référence encore une fois à Thomas Pynchon, ayant pour ambition d’explorer plus en avant la littérature d’aujourd’hui et de demain. Une nouvelle collection qui proposera trois publications par an, et qui à n’en pas douter nous réserve quelques belles pépites dans les années à venir.

Première publication de cette nouvelle collection et pour cette rentrée littéraire 2020, voici l’énigmatique « La femme intérieure » d’Helen Philips, avec Claro à la traduction. Diplômée de Yale et un Master of fine art en poche, Helen Philips cumule, en peu de roman, quelques prix prestigieux comme l’Italo Calvino Prize. La femme intérieure ( The Need en V.O) est son second roman , mais le premier traduit chez nous.

Molly, une paléobotaniste ayant découvert d’étrange artefacts, notamment une Bible où Dieu est désigné par « Elle », se voit parachutée dans l’étrange, lorsqu’un soir, alors que son mari s’est absenté pendant une quinzaine de jours pour des concerts, se retrouve nez à nez avec un intrus chez elle. Cherchant à protéger ses enfants avant tout, elle est obligée d’aller au contact pour chasser cet inconnu. Mais que faire quand finalement cet individu se trouve être soi-même ? Une copie conforme de Molly ! Et que veut dire ses étranges artefacts trouvés, cette Bible en particulier ? Mais surtout comment réagir quand on apprend que ce double est là pour ses enfants ? Que ce double a perdu les siens…

Quel texte pour démarrer cette nouvelle collection ! Lorgnant vers la littérature de genre, aventure, fantastique, science-fiction et polar, le rythme se retrouve prenant et les chapitres courts rendent la lecture quasiment frénétique par moment ! L’écriture n’étant pas en reste, l’auteure arrive à nous captiver avec peu et insufflant des images fortes, iconographiques par moment (la première apparition du double de Molly, tout bonnement glaçant et captivant).

Partant d’un constat très basique et exploité à foison dans la fiction, “un intrus, protéger ses enfants”, Helen Phillips arrive à tisser une toile dense en parsèment le récit de détails anodins de prime abord, mais qui finissent par raconter un second récit en arrière-plan. Car l’on parle ici de lien maternel et de dépression, on parle d’engagement et de dévotion, mais aussi de ce qu’aucun mot ne peut définir, au-delà du terme trop réducteur de « lien ».

L’auteure arrive ici à distiller un conte moderne, contemporain et intemporel à la fois, un texte qui parle autant de la schizophrénie de notre époque que des injonctions implicites quand une femme se retrouve mère, et de la puissance du jugement que l’on s’inflige à soi-même.

Un texte qui marquera autant par son efficacité et son originalité que par le fond. Une réussite qui mérite toute votre attention !

Le Cherche Midi,
Collection Vice Caché,
Trad. Claro,
415 pages,

Ted.

À propos Ted

Ted
Fondateur, Chroniqueur

Vous aimerez aussi

Laila Lalami – Les autres américains

Décidément 2020 est une année particulière. Mettons de coté ce foutu virus, pour s’intéresser à …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Powered by keepvid themefull earn money