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Pierre Cendors – L’Homme nuit

 Il y a une poignée d’années, Pierre Cendors nous transportait entre les brumes de son roman dystopique L’énignmaire, au seuil d’un bois rongé jusqu’à l’os et d’une civilisation où les Arts disparaissent en poussière. Aujourd’hui, L’Homme nuit en signe la préquelle nébuleuse, y retraçant la chute d’un culte chthonien célébrant les grâces de l’ombre et des ténèbres, ceux-là même qui donnent naissance aux plus éclatantes lumières.

Les paysages et les individus défilant au cœur de ce livre ouvragé en clair obscur portent en eux une empreinte indéfectible et mélancolique, celle des rêves déchus, des silhouettes hantant l’immédiat qui déjà se fond en souvenir.  Dans le secret des montagnes sauvages, au sommet des dunes arides, et en lisière d’océan, chaque pas effleure le gouffre qui sépare vie et trépas, Solunus mène sa quête œdipienne. Fils Kaamal l’imolée, ultime impératrice célébrant la Nocturne, il erre et survit pour tuer son père, roi ayant tourné le dos aux croyances couleur de nuit pour glorifier de nouveaux rites auréolés de soleil. 

M’attirait en premier chez un être : sa présence davantage que l’étalage de son intelligence. Les racines d’un arbre ne disent pas la même chose que sa ramure ; les fonds marins ont peu à voir avec la mer de surface. En chacun est toujours autre chose, quelqu’un d’autre, qui le précède ou le dépasse.
C’était une philosophie de rien, et moins une foi qu’une lueur intérieure qu’alimentait une huile extraite à froid de la solitude, de la nudité et d’une pensée sauvage, mais c’est par elle que je me gardais en vie.
C’est peu, je le sais.

Pierre Cendors, d’une plume ciselée aux accents abyssaux et vaporeux, signe un livre où le spirituel côtoie la cruauté implacable des luttes humaines, où les ombres et la lumière cohabitent et se superposent sans fin. Les déesses rôdent dans les salles de pierre, les hommes danses avec les loups et les songes. Un seul homme peut contenir en lui la force vengeresse de mille âmes, se noyer dans les paroles cachées au sein des précieux rouleaux de l’égnimaire et ses lettres de feu. Moureurs et moureuses se relaient au chevet des derniers souffles tandis que les Luministes piétinent les cendres de la Nocturne. Tout s’oppose et se complète, le voyage initiatique est épidermique, fait appel à tous les sens en les heurtant en une harmonie profonde, originelle.

Nouvelle pierre de l’œuvre étendue de l’auteur, inscrite dans ces cendres qui toujours saupoudrent l’atmosphère éthérée de ses perspectives chimériques, L’Homme nuit s’inscrit dans le chant rêveur porté par son écriture énigmatique. Quête intime et allégorique où femmes et hommes confrontent l’ombre et la lumière au lieu d’en tirer un équilibre nourricier, ce roman compose avec la perdition totale, l’oubli de soi et la connexion avec cet invisible aussi impalpable qu’omniprésent. 

Mieux qu’un verdict, son allégresse souffrante et servile me renvoya à la compagnie des pierres, des décombres et des cadavres, en ce lieu où le visage de ceux que j’exhumais, les yeux clos, les lèvres empoussiérées sous le sang séché, possédaient dans la mort plus d’humanité que les vivants n’en exprimaient dans leur vie.

Quidam éditeur 
206 pages
Caroline

À propos Caroline

Chroniqueuse

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