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Ransom Riggs – Miss Peregrine et les enfants particuliers

Miss Peregrine et les enfants particuliers est une véritable expérience de lecture. L’alliage du texte et des photos qui illustrent le récit est une réussite et crée une atmosphère très…particulière. Les photos font plus qu’agrémenter l’histoire, elles lui donnent une deuxième âme, comme les “particuliers”. Elles rythment le texte et nourrissent l’intrigue au fil de la trilogie. On sent que Ransom Riggs a puisé dans le potentiel créatif de ces photos pour alimenter le sien. À partir d’elles, il a imaginé une ribambelle de personnages et d’évènements intrigants. En somme, elles ont été le moteur et lui l’essence qui ont permis de faire tourner la machine à raconter des histoires à plein régime.

Tandis que l’écriture nous happe dans des univers différents – entre passé, présent, manoir enchanteur, guerre, fête foraine, vastes paysages naturels, ruelles sordides des bas fond de Londres, entre légendes et vérités – les photos apportent quelque chose de tangible au récit, d’étrangement réel. Sans pour autant réduire notre champ imaginaire. Elles nous plongent dans un rêve éveillé qui nous poursuit bien après avoir refermé les bouquins. “Une simple légende…”

“… L’expérience m’avait appris qu’en dépit de tous les efforts que l’on pouvait déployer pour les maintenir en deux dimensions, certaines histoires refusaient obstinément de rester prisonnières des livres, de l’encre et du papier. (…) l’une de ces histoires avait pris possession de ma vie.”

Que la couverture attire ou rebute, elle ne laisse pas indifférent. Que le poids du livre convainc ou décourage, il ne faut pas que les bras vous en tombent. Que le film vous ait donné envie de dévorer la trilogie ou ait suffi pour n’en rien faire, tentez l’aventure… et comme Jacob, laissez vous embarquer dans le monde fantastique et périlleux des enfants particuliers.

Les êtres particuliers sont dotés de capacité parfois étranges, mais toutes ont leur utilité, il suffit de la découvrir. C’est peut-être pour cela que certains dons se manifestent dès l’enfance et d’autres plus tardivement. Ils se réveillent quand le besoin l’exige, que la situation le permet. Ensuite il faut apprendre à le dompter… Certains apprennent sur le tas, d’autres sont formés, comme les ombrunes par exemple : capable de se changer en oiseaux, elles sont les seules à pouvoir créer, renouveler et détruire une boucle temporelle – où les enfants particuliers vivent désormais cachés, sous leur aile protectrice.

Les boucles temporelles sont devenues des prisons dorées depuis qu’une poignée de particuliers – transformés en estres et en sépulcreux – a tenté d’acquérir immortalité et toute puissance. Elles les préservent des dangers du monde extérieur, du vieillissement, des “Creux” mais les privent de toutes formes d’avenir. Les particuliers y sont en sécurité mais vivent dans l’espace-temps d’une journée éternellement renouvelable tant que la boucle n’est pas interrompue, tant qu’une ombrune est là pour la relancer.

Jusqu’à présent leur cachette était sûre, mais depuis peu, les estres et les sépulcreux les attaquent pour kidnapper ombrunes et particuliers. Les estres sont avides de pouvoir et bien décidés à dominer le monde. D’apparence humaine, ils sont infiltrés de partout, parmi les gens normaux et les particuliers. Les Creux sont à leur solde, avec leurs crocs acérés et leur triple langue tentaculaire ils sont de véritable machines à tuer. Le soucis c’est qu’ils sont invisibles. Seule leur ombre et leur odeur fétide les trahissent. Rares sont ceux, parmi les particuliers, capables de les voir et sentir leur présence distance. À ce jour, Jacob Portman est le seul doué de cette capacité. C’est à ses dépend qu’il va le découvrir et prendre peu à peu conscience de l’étendue de ses pouvoirs… et de la véracité des histoires de son grand-père.

Jacob a grandi en Floride au rythme des histoires que lui racontait son grand-père. Il y a cru pendant longtemps, à l’île paradisiaque et aux enfants particuliers, jusqu’à ce qu’il n’ait plus l’âge de croire aux contes de fées. Mais, quand son grand-père meurt, Jacob est hanté par la vision du monstre à trois langues qu’il a cru apercevoir la nuit du drame. Il fait des cauchemars, se sent épié, s’isole. Stress post-traumatique ? Hallucinations ? Quoi qu’il en soit Jacob a du mal à faire son deuil et est obnubilé par les dernières paroles de son grand-père, si bien qu’il décide de partir à la recherche de l’orphelinat dans lequel ce dernier a été recueilli pendant la 2nd Guerre mondiale, et de sa directrice : Miss Peregrine Faucon.

Arrivé sur l’île de Cairnholm, ces expéditions aboutissent dans un manoir en ruine aux alentours marécageux. Pas de quoi l’encourager à revenir. Pourtant, Peregrine Faucon et les enfants particuliers existent bel et bien. Quand il découvre le lieu magique qui les abritent, il croit vivre un rêve…  mais l’éblouissement des premiers jours va vite tourner au drame. Assailli par un ennemi puissant, le monde des particuliers est sur le point de s’effondrer. Et quand Miss Peregrine se fait enlever, Jacob n’a pas d’autre choix que d’aider ses nouveaux amis : Emma et ses mains de feu, Hugh et ses abeilles, Millard, l’homme invisible, Olive et sa légèreté de plume, Horace et ses visions prémonitoires, Enoch, le réveilleur de mort et bien d’autres. Tous sont menacés. C’est donc à leur côté que Jacob se lance dans un dangereux périple. Voyageant de boucle en boucle, ils prennent la direction de Londres, jusqu’à l’Arpent du diable où piraterie et commerce illégal sont les principales activités des habitants. Là, ils vont découvrir que le dessein réservés aux victimes est bien pire que ce qu’ils croyaient…

Vouloir dominer le monde mène au chaos, Harry Potter, Lyra, Fredon et Jacob Portman vous le confirmeront sans doute. Oui, Jacob Portman est digne de rejoindre les plus grands… D’ailleurs, il y a un peu de Harry Potter, des Royaumes du Nord, du Seigneur des Anneaux (et beaucoup de Ransom Riggs) dans cette fabuleuse trilogie. Les meilleurs ingrédients sans doute. Le style et la construction en font une œuvre unique au même titre que les trois séries citées. Chacune possède une atmosphère bien particulière mais, comme en cuisine, on retrouve quelques ingrédients similaires dans des recettes très différentes. Une saveur subtile qui flotte et réveille les papilles, de celles qui accompagnent les romans capables de s’ancrer profondément en nous et de devenir une référence. Il est fort possible que Miss Peregrine et les enfants particuliers de Ransom Riggs ait ce potentiel là, avec sa propre âme de roman particulier.

Miss Peregrine et les enfants particuliers est sorti au cinéma début octobre (il paraît que Tim Burton a fait du bon boulot) et a été réédité en BD au mois de septembre (un bon avant-goût si vous hésitez à vous lancer dans la trilogie !).

Éditions Bayard
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sidonie Van Den Dries

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Tome 1 (2012)          Tome 2 (2014)         Tome 3 (2016)         BD tome 1 – réédition 2016 (1re éd. 2014)
446 pages                  512 pages                   592 pages                 256 pages – ill. Cassandra Jean

 

Pauline

À propos Pauline

Chroniqueuse

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