Accueil » Littérature Étrangère » MILAN KUNDERA – La fête de l’insignifiance

MILAN KUNDERA – La fête de l’insignifiance

Il y a cinq jours à peine, Milan Kundera, figure emblématique de la Littérature Franco-Tchèque quittait notre monde. J’ai donc souhaité lui rendre un hommage, et vous parler aujourd’hui de La fête de l’insignifiance, son dixième et dernier roman paru en France en 2014.

Il y a cinq personnages, hommes ; Alain, Ramon, Charles, D’Ardelo, et Caliban, tous plus fantasques et excentriques les uns que les autres. Certains frôlent la mythomanie. Mais ils ont chacun ceci en commun, ils sont drôles, touchants ; et ils cherchent chacun à tester leurs limites. Ils déambulent de dîners mondains en parcs parisiens, comme nous nous baladons de pages en pages d’un pas à la fois curieux et lent.

L’insignifiance, parce que les personnages de son roman ne sont jamais réellement honnêtes ni profonds, en particulier dans les mots qu’ils échangent entre eux, montrant certaines de leurs faiblesses aux yeux du lecteur, souvent témoin de la supercherie.

Répartis en 45 chapitres très courts où l’intervention du narrateur est mesurée, juste, et laisse place aux enjeux des relations amicales de longue date, des discussions autour d’un verre et des rencontres préméditées ou fortuites. En découpant ainsi son ouvrage en 7 grandes parties, Kundera allie parfaitement le roman littéraire Tchèque et Français.

Kundera tue le roman optimiste, il le transperce complètement en traitant les sujets parfois complexes dans un registre tragi-comique. On rit au nez de la solitude, du cancer, de l’abandon, mais surtout de nous-même, car les personnages nous ressemblent aussi dans leurs travers, et nous sommes forcés d’avouer que nous sommes tous humains et semblables en beaucoup de points souvent très peu flatteurs. D’une plume drôle et tendre à la fois, il porte un regard authentique sur son époque.

Souvent qualifié d’écrivain “sérieux de l’absurde”; on pourrait lire entre ces lignes une volonté vaine d’échapper aux drames de la vie, à la maladie, comme un déni volontaire de toute forme de sérieux. De vivre la vie de manière insouciante, dans la sérénité de croire que la vie est aussi ailleurs, d’une liberté heureuse et maîtrisée, jusqu’à ce qu’elle nous quitte.

« L’insignifiance, mon ami, c’est l’essence de l’existence. Elle est avec nous partout et toujours. Elle est présente même là où personne ne veut la voir : dans les horreurs, dans les luttes sanglantes, dans les pires malheurs. Cela exige souvent du courage pour la reconnaître dans des conditions aussi dramatiques et pour l’appeler par son nom. Mais il ne s’agit pas seulement de la reconnaître, il faut l’aimer, l’insignifiance, il faut apprendre à l’aimer. Ici, dans ce parc, devant nous, regardez, mon ami, elle est présente avec toute son évidence, avec toute son innocence, avec toute sa beauté. Oui, sa beauté. Comme vous l’avez dit vous-même : l’animation parfaite… et complètement inutile, les enfants qui rient… sans savoir pourquoi, n’est-ce pas beau ? Respirez, D’Ardelo, mon ami, respirez cette insignifiance qui nous entoure, elle est la clé de la sagesse, elle est la clé de la bonne humeur… »

La fête de l’insignifiance 

Milan Kundera

144 pages

GALLIMARD (03/04/2014)

Johana

À propos Johana

Johana BACRY est autrice, comédienne et metteuse en scène.

Vous aimerez aussi

Roberto Bolaño – 2666

Bien que nous ayons une reconnaissance d’estime, et quasi unanime, pour l’œuvre de Roberto Bolaño, …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Powered by keepvid themefull earn money